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Joseph L.Mankiewicz et son double

de Vincent Amiel (Editions puf)

samedi 7 mai 2011, par maro

Le cinéma se regarde et s’écoute ; il peut se lire aussi !
Parmi les récentes publications, vogazette vous recommande ce livre :

Frère de l’une des personnalités les plus brillantes de Hollywood au début des années 1930, Joseph Mankiewicz (1909-1993) a vite quitté le journalisme et la rédaction de sous-titres de films muets pour intégrer le département "scénario" de la Paramount. Brillant, cultivé, il encadre les dialogues, suit des tournages, produit quelques films et se lance dans la réalisation juste après la deuxième Guerre Mondiale. Du « Château du dragon » (1946) jusqu’au « Limier » (1972), il signe une vingtaine de longs métrages et remporte quatre Oscars : deux pour « Chaînes conjugales » (1949), autant pour « Eve » (1950). Appelé au chevet de « Cléopâtre » (1961-63), il subit les humeurs de Darryl F.Zanuck et de Liz Taylor mais parvient à insèrer des accents shakespeariens intimes dans cette ruineuse superproduction qui va précipiter la fin du studio Fox.

Vincent Amiel travaille comme professeur à l’Université de Caen et rédige des critiques pour la revue "Positif". Son livre sans illustrations ou photogrammes, pauvre en anecdotes ou extraits d’interviews, délaisse l’approche chronologique habituelle pour appréhender l’œuvre de Mankiewicz sous différents prismes : le goût de l’énigme, la mystification, la théâtralité, le corps... tout en la replaçant dans le contexte des années 50 avec un mélange d’acteurs classiques et d’autres formés à l’Actor’s Studio. Court (130 pages), ne cherchant pas l’exhaustivité (certains films importants comme « Un américain bien tranquille » ne sont pas abordés) et écrit avec ferveur, le texte aussi dynamique que pertinent s’éloigne des pesants travaux universitaires pour se rapprocher d’un essai, presque d’un plaidoyer.

De sa collaboration avec Lubitsch - il l’a même remplacé sur « Le château du dragon » -, Joseph Mankiewicz a retenu comment jouer des antagonismes (ce qui est gagné par les uns est perdu par les autres), là où Howard Hawks tend à estomper les rapports de force (éclairante mise en parallèle de « Eve » avec « Train de Luxe », pages 65-72). A l’instar de Billy Wilder, il y ajoute une approche reflexive sur le cinéma ainsi qu’une distanciation très moderne, assortissant l’intrigue principale du film d’un commentaire ironique, voire cynique ou destructeur. Vincent Amiel a aussi le mérite de souligner la variété d’écriture et de mise en scène au sein d’un même film (pages 89-105), ce qui enrichira la vision ultérieure de « Jules César » (les discours de James Mason et de Marlon Brando), « La comtesse aux pieds nus » (deux récits, deux esthétiques, deux montages) ou « Cléopâtre » (les trois mécanismes de séduction).

Le dernier chapître est consacré à un film hors-norme, teinté de désillusion et de rêverie : « L’aventure de Madame Muir » (1947) qu’interprète Gene Tierney, l’une des deux plus belles actrices d’Hollywood (ne fâchons personne !). Sur un scénario écrit par un autre, Mankiewicz montre qu’il maîtrise également le cadre, la mise en scène et le montage. La conclusion du livre fait écho aux premières lignes ; Herman, le grand frère, fut chroniqueur au New York Times, producteur de films avec W.C.Fields ou les Marx Brothers et co-scénariste de « Citizen Kane » avant de se déliter dans l’alcool et d’être mis au ban de Hollywood. Sans tomber dans la psychologie bon marché, le texte laisse planer cette ombre tutélaire, modèle inimitable dont la présence/absence nourrit la part sombre des films de Joseph.

Seul reproche : la (superbe) photo de Marilyn Monroe - elle joue un rôle secondaire dans « Eve » - qui orne la jaquette n’est là que pour faire vendre : l’actrice n’est jamais mentionnée dans le texte ! Aussi stimulant, mais d’une autre façon, le quatrième de couverture insiste sur le lien de complicité avec le spectateur, l’autre double de cet immense réalisateur qui vaut mieux que sa réputation d’intellectuel sophistiqué ou de moraliste à l’élégance mordante. Quatorze euros, Prix du meilleur livre français 2011 attribué par le Syndicat de la critique de cinéma : un cadeau !

Filmographie sélective (et très subjective) de J.Mankiewicz :

* L’aventure de Madame Muir (1947)

* Eve (1950)

* L’affaire Cicéron (1952)

* La comtesse aux pieds nus (1954)

* Le limier (1972)

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