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Panorama du cinéma allemand contemporain

Quel cinéma après Fassbinder ?

jeudi 13 octobre 2011, par maro

Le cinéma allemand, longtemps cantonné aux films de terroir, aventures héroïques ou autres productions érotiques, connaît un renouveau décisif en 1962 par la signature du Manifeste d’Oberhausen. Stimulés par la Nouvelle Vague Française, des jeunes réalisateurs et intellectuels y proclament leur volonté d’un véritable cinéma d’auteur national ; grâce à cet engagement, ils obtiennent des financements publics pour la production, l’exportation et la formation aux métiers du cinéma.

Dix ans plus tard, c’est une véritable explosion de créativité qui s’affiche sur les écrans. En peu de temps, on découvre « Aguirre ou la colère de Dieu » et « L’énigme de Kaspar Hauser » de Werner Herzog, « L’honneur perdu de Katharina Blum » de Volker Schlöndorff et Margarethe Von Trotta, « Alice dans les villes » et « Au fil du temps » de Wim Wenders. Peu après, l’énergie créatrice de R.W.Fassbinder s’impose avec « Le Mariage de Maria Braun », mais il meurt prématurément en 1982 alors que sa notoriété et son influence ne cessent de croître.

S’ensuit une longue période de disette : le cinéma de la RFA retombe dans une médiocrité que ne trouble ni la chute du Mur, ni la réunification de 1989. En fait, la relève se prépare en silence et ne prendra corps qu’avec « Good Bye Lenin ! » en 2003, vite suivi par l’Ours d’Or de Fatih Akin pour « Head-On » (2004) et le succès européen de « La vie des autres » en 2007-08. Depuis lors apparaissent de nouveaux noms, découverts pour nous à la semaine du cinéma allemand de La Ferrière, au Festival International de La Roche sur Yon (comme « Le braqueur », prix du public) ou lors des soirées sur Arte : dorénavant, les occasions de voir de bons films venus d’Outre-Rhin ne manquent plus.

La montée en régime des nombreuses écoles de cinéma, la bonne santé économique du pays et la puissance des télés (Arte, ZDF et chaînes privées) ont stimulé une production qui dépasse depuis 2009 celle de la France. Des 44 fictions produites en 1994, on arrive dorénavant à 190 films, couvrant 27% du marché national (tombé à 6% en 1995, quand le cinéma américain était ultra-dominant) mais seuls une trentaine au mieux seront distribués chez nous.

Financeur incontournable, la télévision a pourtant tendance à orienter le choix de sujets à la mode (intégration des minorités, couples mixtes, difficulté de la vie "à l’Est"...), fuir toute critique sociale (l’éclosion d’un nouveau Fassbinder y semble improbable) ou imposer son mode narratif et ses codes esthétiques. Pareillement, les films historiques échappent difficilement à la victimisation du peuple allemand, rejetant les responsabilités sur les seuls dirigeants, nazis ou communistes. Se démarquant du cinéma commercial, une nouvelle vague de jeunes cinéastes evite ces thèmes ou ces récits trop linéaires.

1/ Le cinéma "grand public"

Commençons par quelques figures du box-office mondial.

Né en 1941, formé à Hambourg puis Berlin, Wolfgang Petersen réalise « Le bateau » (1981) et « L’histoire sans fin » (1984) avant de partir à Hollywood où il enchaîne les succès : « Dans la ligne de mire » (1993), « Air Force One », « En pleine tempête », « Troie » ou « Poséidon ». Il est rejoint en 1990 par Uli Edel, né en 1947, réalisateur de « Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée... » (1981) qui signera là-bas « Last Exit to Brooklyn » puis « Body » (avec Madonna, 1993) dont l’échec l’amène à se tourner vers la réalisation de téléfilms (Mike Tyson : l’histoire de sa vie, Raspoutine, Jules César, La bande à Baader...). En même temps était arrivé Roland Emmerich, né en 1955, auteur du « Principe de l’arche de Noé », film d’étudiant le plus cher d’Allemagne, nommé à l’Ours d’or du meilleur film au Festival de Berlin (1984) et qui réalise les super-productions « Independence Day » (1996), « Le Jour d’après », « 10 000 » ou « 2012 ».

L’industrie cinématographique allemande des années 90 jouit d’une piètre réputation à l’étranger bien qu’elle réalise de jolis scores en interne avec des réalisations pour enfants (« Bibi Blocksberg » de Hermine Hundgeburth dépasse deux millions d’entrées en 2002), des comédies comme « The Edukators » de Hans Weingartner (2004), des chroniques historiques comme « Parfum d’absinthe » d’Achim von Borries (2004), « Sophie Scholl, les derniers jours » (2005) de Marc Rothemund et des "films de couples" tels « Les nouveaux mecs » de Sönke Wortmann (6 millions de spectateurs en 1994), « Pension pour hommes » de Detlev Buck ou « Silvester Countdown » d’Oskar Roehler (1997) qui adaptera ensuite « Les particules élémentaires » de Michel Houellebecq.

Citons également Caroline Link formée à l’école de la télévision de Munich ; son film de fin d’études « Sommertage » reçoit le Prix Kodak et elle commence alors l’écriture de « Beyond Silence », l’histoire d’un couple de sourds et de leur enfant qui possède un don pour la musique. Multi-récompensé, ce film obtient en outre l’Oscar du meilleur film étranger en 1998 et il est nommé meilleur film étranger à Tokyo, Chicago, Vancouver et Calcutta. En 1999, la cinéaste achève « Annaluise et Anton » d’après Erich Kästner, puis « Nowhere in Africa » (2002), l’histoire d’une famille juive qui fuit l’Allemagne à la fin des années 30 pour s’installer au Kenya.

Récemment, notre ami Filparp avait encensé « 4 Minutes » (ce blog me surprendra toujours !), longuement élaboré par Chris Kraus, journaliste, graphiste, scénariste (souvent primé) et déja réalisateur de « Famille Brisée ». « La Vague » de Dennis Gansel (2008) est très librement inspiré du roman « La Troisième Vague », l’expérimentation d’un professeur d’histoire en réponse à ses élèves, persuadés que la survenue d’un régime autocratique n’est plus possible.

Dans les années 70, Bernd Eichinger prend la tête des sociétés de production Solaris puis Constantin qu’il engage dans une voie plus ambitieuse dès « Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée... » d’Uli Edel ; il soutient aussi Wolfgang Petersen et co-finance des succès internationaux comme « Le nom de la rose » (J-J.Annaud). On le retrouve plus tard derrière « La chute » de Oliver Hirschbiegel, « Le parfum » (Tom Tykwer, 2007) - 5 millions d’entrées chacun - et des commandes télévisuelles comme « La bande à Baader » (Uli Edel) ou le plus personnel « Carlos » d’Olivier Assayas.

2/ La société X-Filme Creative Pool

Cette société fondée en 1994 par trois réalisateurs et Stefan Arndt ambitionne de produire de films commerciaux de qualité à budget moyen, conciliant des sujets "allemands" avec une vocation internationale sans l’intellectualisme des aînés Herzog, Wenders, Schlöndorff ou Fassbinder. Réussite économique symbolisant le redressement du cinéma national, X-Filme - bien soutenu par la télévision - a connu des succès majeurs avec « Cours, Lola, cours », « Good Bye Lenin ! » ou « Le ruban blanc » de l’autrichien Michael Haneke, Palme d’Or à Cannes en 2009.

Tom Tykwer (né en 1965) : le plus jeune des quatre fondateurs a été le plus prompt à décrocher un grand succès avec « Cours, Lola, cours » (1998) et son "jeunisme" (esthétique proche de la pub et des jeux vidéo, dérision mêlée d’une philosophie volontariste, bande sonore hyperprésente...). Ce cinéphile admirateur d’Hitchcock incarne une nouvelle germanité proche de la modernité anglo-saxonne mais déçoit dans ses productions suivantes au casting international : « Heaven » (avec Cate Blanchett), « Le parfum » d’après Patrick Süskind et « l’enquête » (interprété par Naomi Watts et Clide Owen).

Wolfgang Becker (1954) : diplômé de la DFFB de Berlin, il réalise « Papillons » (1998) et surtout « Good Bye Lenin ! » en 2003 (6 millions d’entrées en Allemagne, 11 dans toute l’Europe). Un jeune Ossi (joué par Daniel Bruhl) doit dissimuler à sa mère, fervente communiste sortie d’un long coma, que le régime Est-allemand s’est effondré. Mécanique habile et efficace, le film illustre la réunification de l’Allemagne en faisant rire les ex-habitants de RFA et RDA à des moments différents.

Dani Levy (1957) : homme de spectacle (cirque, théâtre, rock) issu d’une famille juive allemande né en Suisse, il passe au cinéma en 1989 et signe des comédies de mœurs (« Nuit Calme », « Pères », « Monsieur Zucker joue son va-tout »), un policier (« Meschugge »). Récemment, « Mon Führer », qui aborde le nazisme par le biais du grotesque a fait l’objet d’une controverse Outre-Rhin.

3/ "L’école de Berlin" : Petzold, Schanelec, Arslan

Nés tous trois à l’orée des années 60 et formés à la DFFB avec Harun Farocki et Hartmut Bitomsky comme professeurs, la critique cinématographique les a réunis, malgré leurs styles différents, sous le vocable d’"Ecole de Berlin". Ils se font connaître dans les années 1990, partageant le même refus des codes du cinéma commercial. Légèrement plus âgés que les membres de la "Nouvelle Vague", ils arrivent en même temps qu’eux sur les écrans français.

Christian Petzold (1960) : en neuf longs-métrages depuis « Pilotes » (1995) produits par Schramm Films, il s’est spécialisé dans le "policier d’auteur" à dimension sociale mais ne s’est fait connaître qu’avec « Contrôle d’identité » en 2002. Elève à la DFFB du critique et théoricien Harun Farocki qui fut son scénariste pour « Cuba Libre », il travaille habituellement avec le chef-opérateur Hans Fromm. Attentif à l’impact de l’architecture, de l’automobile (« Wolfsburg ») ou de l’économie contemporaine (« Yella ») sur les individus, Petzold vient de transposer le célèbre roman américain "Le facteur sonne toujours deux fois" dans l’intéressant « Jerichow » (2009, diffusé sur Arte en avril 2011).

Angela Schanelec (1962) : marquée par son expérience du théâtre, elle passe au cinéma en affichant des dispositifs filmiques radicaux (plans très longs, absence de transitions, scénographie minimaliste). Révélée en 2004 par « Marseille » et soutenue par Schramm Films, elle réalise ensuite « Nachmittag » (2007), adaptation de "La Mouette" de Tchekhov puis « Orly » (2010) avec Natasha Régnier, Bruno Todeschini et Mireille Perrier.

Thomas Arslan (1962) : cinéaste d’origine turco-allemande admirateur de Bresson, Pialat, Doillon, Rohmer. Il réalise des films au rythme lent, sans artifices, avec des acteurs non-professionnels pour évoluer dans ses deux dernières œuvres : « Ferien » (2007) et « A l’ombre » (2009), un polar mis en image par Rheinhold Vorschneider, le chef-opérateur habituel d’Angela Schanelec.

4/ "L’école de l’Est"

Volker Koepp (1944) : documentariste né à Stettin, il obtient son diplôme à Postdam-Babelberg ; de quarante années d’un travail à la fois anthropologique et esthétique, on note l’inflexion récente vers l’introspection avec « Fleurs de sureau » (2008) et « Berlin-Stettin » (2009).

Thomas Heise (1955) : d’abord imprimeur puis formé au cinéma documentaire à Postdam-Babelberg, il collabore au théâtre avec Heine Müller et accumule des images qu’il réutilisera à partir des années 2000 dans « Snack-Spécial », « Tout est bloqué- On fonce » et surtout « Material », œuvre de 2h42 autour de la Réunification qui remporte le Grand Prix du FID à Marseille 2009.

Andreas Dresen (1963) : formé au cinéma à l’école de Berlin-Est, ses fictions qui touchent à différents genres (choral, policier...) ou ses documentaires se déroulent dans la partie orientale du pays. A ce jour, ses plus grands succès restent « Un été à Berlin » (2005, un million d’entrées) produit par X-Filme et « Septième ciel » (2008), drame amoureux entre septuagénaires (à la fin un peu bâclée, hélas). On le retrouve en compétition au Festival de Cannes 2011 avec « Entre deux stations » (Halt auf freier Strecke).

5/ Le "cas" Romuald Karmakar

L’approche vaguement chronologique nous amène à évoquer maintenant l’autodidacte Romuald Karmakar, citoyen français né en 1965 d’une mère allemande et d’un père iranien mais élevé par un indien puis un grec (c’est d’ailleurs à l’Institut Goethe d’Athènes qu’il découvre Hans-Jürgen Syberberg et R.W. Fassbinder) ! « Une amitié en Allemagne » (1985) reprend des documents du photographe personnel d’Adolf Hitler, « Hellman Rider » (1988) donne un beau portrait du cinéaste Monte Hellman (invité de notre dernier Festival) mais le cinéaste fait parler de lui avec « L’homme de la mort » primé à Venise en 1995, « Manille » et « Between the Devil and the Wild Blue Sea » récompensés à Locarno en 2000 et 2005.

Avec « Le projet Himmler » (2000), il invente un dispositif nouveau, "le film de discours", enregistrant dans un décor neutre un comédien qui lit un texte afin de confronter le spectateur à la logique interne et aux mécanismes de la pensée extrémiste, celle qui a marqué l’histoire de l’Allemagne. Ainsi le comédien Manfred Zapatka récite durant trois heures un discours de 1943 qui détaillait à des hauts dignitaires le projet nazi pour l’Europe ; de même, « Les discours de Hambourg » (2006) transcrivent les prêches de l’imam salafiste Farazi entendus par certains participants aux attaques du 11 septembre 2001...

Depuis 25 ans, Karmakar filme toutes sortes d’individus, dont beaucoup de criminels ou d’artistes, proposant une base de réflexion brute, sans commentaire ni jugement autre que ce qui relève du cadrage et de la durée des plans. Taraudé par l’histoire et influencé par le théoricien du cinéma Alexander Kluge, il se démarque du reste du "cinéma d’auteur" par sa virulence et son côté directement politique mais n’est hélas pas distribué en France.

6/ Les inclassables

Doris Dörrie (1955) : partie deux ans en Californie étudier le métier d’acteur, elle revient en Allemagne en 1975 se former à Munich où elle sera professeur. Critique au Süddeutsche Zeitung, elle produit quelques films et livres puis fonde en 1989 la Cobra Filmproduktions GmbH, met en scène des opéras à Munich puis à Salzbourg (2006) et réalise « Cherry Blossoms » (2008).

Hans Christian Schmid (1965) : né en Bavière, il étudie la réalisation de documentaires à Munich de 1985 à 1992 puis part étudier l’écriture de scénarios à l’université UCLA, en Californie. Son documentaire « Sekt Oder Selters » sur les accros au jeu obtient un prix à Osnabrück. Il réalise ensuite plusieurs longs métrages dont les plus réputés sont « Au loin les lumières », prix Fipresci de la critique internationale à Berlin (2003) et « Requiem »(2006).

Markus Schleinzer (1971), autrichien mais qui représente l’Allemagne au Festival de Cannes 2011 avec « Michael ». Ce premier long métrage, récit de la longue séquestration d’un petit garçon, évoque bien sûr la l’histoire de Natascha Kampusch, retenue pendant plus de six ans dans la cave d’un ingénieur avant qu’elle ne s’échappe. Schleinzer travaille comme directeur de casting pour Michael Haneke depuis 2001 (« La pianiste », « Le ruban blanc ») ou pour Benjamin Heisenberg (« Le braqueur », dans lequel il jouait aussi).

Florian Henckel von Donnersmarck (1973) : Il grandit entre New York et l’Europe avant d’étudier le russe à Saint-Pétersbourg puis les sciences politiques, la philosophie et l’économie à Oxford. Assistant sur « Un temps pour l’amour » de Richard Attenborough, il entre à l’École supérieure de cinéma et de télévision de Munich et met en scène plusieurs courts métrages. Son premier long-métrage, « La vie des autres », obtient le Prix du Film européen 2006, le Prix Européen du scénario 2006, et son acteur principal, Ulrich Mühe, le prix de l’Acteur européen 2006. Florian Henckel von Donnersmarck remporte le Los Angeles Film Critics Association Award puis l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Invité par l’Académie des arts et des sciences du cinéma en 2007, il vit désormais à Los Angeles. Sa dernière réalisation, « Le touriste » (2010), fut un échec malgré son casting prestigieux (Angelina Jolie, Johnny Depp) et la logique voudrait qu’on l’intègre parmi les cinéastes "commerciaux", ce qui n’est pas dégradant.

7/ Le genre “multikulti”

Les immigrés de deuxième ou troisième génération, en particulier turcs, semblent vouloir prendre une belle part dans ce renouveau. Dès 1986, Tevik Basir signait « 40 m2 Deutschland » où un ouvrier turc enfermait son épouse ramenée du pays dans un appartement mais le sujet était totalement "turc" et tous les acteurs parlaient leur langue maternelle alors que la nouvelle génération aspire au contraire à faire du cinéma "allemand". En 1999 sortent presque simultanément « Lola und Bilidikid » de Kutlug Ataman qui raconte une histoire d’amour tragique entre un macho et un travesti, « April Kinder » de Yüksel Yavuz sur les difficultés d’assimilation et « Dealer » de Thomas Arslan, une plongée dans le milieu de la drogue.

Fatih Akin (1973) : cinéaste autodidacte d’ascendence turque, originaire de Hambourg. Son premier long-métrage « L’engrenage » qui met en scène trois jeunes d’origine grecque, serbe et turque, évoque Abel Ferrara (autre invité de notre Festival 2010). Si l’agréable « Julie en juillet » (2000) attire 600 000 allemands, « Solino » (2002) qui aborde un milieu différent (deux frères italiens) s’avère cinématographiquement moins réussi. La consécration internationale vient en 2004 avec « Head-On », propulsé par le formidable duo d’acteurs Sibel Kekilli et Biro Ünel, qui remporte l’Ours d’Or à Berlin et le Prix du scénario à Cannes ! « De l’autre côté » (2007) ravit presque autant avec son chassé-croisé de six personnages entre Allemagne et Turquie ainsi que la présence magique d’Hannah Schygulla ; j’ai été moins convaincu par le plus léger « Soul Kitchen », pourtant Prix du jury à Venise en 2009 (voir nos critiques) et qui fait sans conteste de Fatih Akin le plus internationalement reconnu des cinéastes allemands contemporains.

Anno Saul (1963) : né à Bonn, il intègre l’Académie de la Télévision et du Film de Munich entre 1985 et 1990. Il réalise publicités et téléfilms avant son premier long-métrage « Désert vert » en 1999. Fatih Akin a participé à l’écriture du suivant, « Kebab Connection », qui parle de relations amoureuses conflictuelles et d’intégration.

Emily Atef (1973) : franco-iranienne née à Berlin, elle a vécu à Los Angeles, en France et à Londres mais retourne étudier la réalisation à la DFFB. En 2005, elle signe son premier long métrage, « Molly’s Way » qui remporte onze prix internationaux. Elle tourne ensuite « L’étranger en moi » sur la dépression post-natale et co-écrit « Tue moi » en résidence à la Cinéfondation du Festival de Cannes.

Feo Aladag (1972) : bien qu’autrichienne, elle peut rentrer dans le cadre de cet article car son film « L’étrangère » (2011), avec la lumineuse Sibel Kekilli, relate un crime d’honneur dans la minorité turque de Berlin. On pense à « Head-On »... en plus prévisible et moins réussi !

On pourrait citer aussi Burhan Qurbani pour « Shahada » (2011) en craignant que le "film germano-turc" ne devienne un genre à lui tout seul et s’enferme dans le communautarisme que transcende justement Fatih Akin.

8/ Les cinéastes nès autour de 1970 (ou après) et apparus dans les années 2000 : "la Nouvelle Vague Allemande" et apparentés

Regroupement fait après-coup par des critiques et des programmateurs pour des raisons pratiques ou commerciales, on trouve néanmoins quelques points communs à ces cinéastes nés autour de 1970, rétifs à reprendre les codes du cinéma commercial : la volonté de traiter des sujets contemporains, le refus de fictions historiques, une observation fine de la réalité quotidienne, une mesure dans la dramatisation des récits, l’emploi restreint de la musique ou le goût des cinémas "exotiques" (en particulier asiatiques).

Cette Nouvelle Vague partage en outre des producteurs fidèles comme la société Schramm Films et nombre de techniciens, chef-opérateurs ou ingénieurs du son. La plupart de ces auteurs apportent en fait un commentaire politique sous-jacent (à la différence de Karmakar, plus frontal) par l’image banale et grise qu’ils donnent de leur pays. Pour eux, la latence entre deux films (parfois trois ou quatre ans) s’explique surtout par les difficultés de financement.

Christoph Hochhäusler (1972) : munichois qui se situe dans la lignée de Christian Petzold et travaille fréquemment avec le chef-opérateur Bernhard Keller (comme Grisebach). Son talent préssenti dès « Le bois lacté » (2003) s’est confirmé avec « L’imposteur » (2005) puis « Sous toi, la ville » (2010), transposition moderne de David et Bethsabée dans le monde de la finance co-écrite avec le romancier Ulrich Peltzer. Influencé par Alexander Kluge(écrivain, théoricien et producteur), il est également critique de cinéma et créateur de la revue "Revolver" fondée en 1998 en réaction à la médiocrité d’une grande partie de la production et à l’américanisation de la société allemande. Probablement la figure de proue de cette Nouvelle Vague.

Benjamin Heisenberg (1974) : ami du précédent (études communes à Munich, scénario du « Bois lacté » et co-fondation de "Revolver"). Malgré un certain succès local, son premier film « L’infiltré » n’est pas sorti en France. Ce cinéaste prometteur (sympathique et francophile, qui plus est !) est venu en personne présenter au Concorde « Le braqueur », thriller d’apparence classique mais augmenté d’une dimension existentielle et tragique qui a remporté le prix du public de notre Festival 2010.

Valeska Grisebach (1968) : formée à l’école de cinéma de Vienne (Autriche) après des études de philosophie, elle travaille avec le chef-opérateur Bernhard Keller comme Maren Ade, mais aime utiliser des acteurs non-professionnels. Signalons « Désirs » (2006) et « Western » (annoncé pour 2011).

Henner Winckler (1969) : proche de Grisebach, auteur de « Voyage scolaire » (2002) et « Lucy » (2006), histoire d’une jeune mère célibataire.

Ulrich Köhler (1969) : révélé au festival de Belfort 2003 avec « Bungalow », son humour grinçant tranche dans ce nouveau cinéma plutôt morose. Si « Montag » (2007) n’a pas trouvé son public, « La maladie du sommeil », en compétition au FIF 85, a conquis les critiques lors de la dernière Berlinale.

Mathias Luthardt (1972) : étudiant à Tübingen puis à Lyon, il obtient sa maîtrise ès-arts en soutenant une thèse sur Krzysztof Kieślowski. A 26 ans, il s’inscrit aux cours de réalisation de l’Académie Konrad Wolf de Potsdam-Babelsberg dont il sort diplômé en 2005. Il réalise trois documentaires et quatre courts-métrages dont « Summergames », qui servira de matrice au remarquable « Pingpong », récompensé à la Semaine de la critique internationale à Cannes en 2006.

Robert Thalheim (1974) : parti en Pologne, il publie un livre sur Andrzej Wajda) puis entame des études de réalisation à l’école de cinéma et de télévision Konrad Wolf de Potsdam. Parallèlement à la mise en scène de théâtre, il réalise « Netto » et, en 2007, « Et puis les touristes », inspiré par ses années de service civil passées à Auschwitz en Pologne.

Jan Bonny (1979) : formé à Cologne, ce cinéaste trentenaire a réalisé « L’un contre l’autre », sur les violences conjugales, présenté à Cannes en 2007.

Maren Ade (1976) : jeune et talentueuse, son très prometteur deuxième long métrage « Everyone Else » (voir notre critique) a obtenu l’Ours d’Argent à Berlin. Il faudra suivre cette cinéaste de Karlsruhe formée à Munich, également productrice à travers la société Komplizen Films de Valeska Grisebach, Ulrich Köhler ou Benjamin Heisenberg.

Nicolette Krebitz (1971) : actrice populaire (et vedette féminine de « Sous toi, la ville ») passée récemment à la réalisation avec « L’inachevée » (2011).

et aussi Christian Hornung (élève de Wenders à Hambourg, auteur du documentaire « Glebs Film »), Maria Speth ou Jan Kruger... en attendant le mois prochain !

Conclusion

L’aura toujours grandissante d’un Fassbinder resté sans héritier immédiat, les évolutions historiques de l’Allemagne (et sa bonne santé économique) comme les fruits d’une solide politique de formation ont mis en lumière toute une génération - voire même un peu plus - de cinéastes. Restons lucides car notre époque brûle les idoles aussi vite qu’elle ne les consacre : la trajectoire de Florian Henckel von Donnersmarck (« La vie des autres ») l’illustre parfaitement. Dans un pays en profonde mutation (réunification, immigration...), cette "Nouvelle Vague" sans véritable leader, située aux confins de la production cinématographique a besoin de temps pour s’affirmer et proposer au public une vision plus politique d’un Monde où semblent poindre quelques printemps, enfin.


Cet article est en partie basé sur le très bon livre paru aux éditions Jacqueline Chambon "Good bye Fassbinder, le cinéma allemand depuis la réunification" de Pierre Glas, également rédacteur d’un article ("Fleurs d’Allemagne") dans le numéro 662 (décembre 2010) des Cahiers du Cinéma lequel présente une interview de Hochhäusler, Heisenberg et Ade.

Liste alphabétique des réalisateurs mentionnés et le numéro du chapître en référence dans l’article ci-dessus :

Ade Maren : voir chapître 8

Akin Fatih : 7

Aladag Feo : 7

Arslan Thomas : 3

Ataman Kutlug : 7

Atef Emily : 7

Becker Wolfgang : 2

Bonny Jan : 8

Buck Detlev : 1

Dörrie Doris : 6

Dresen Andreas : 4

Edel Uli : 1

Emmerich Roland : 1

Gansel Dennis : 1

Grisebach Valeska : 8

Heise Thomas : 4

Heisenberg Benjamin : 8

Henckel von Donnersmarck Florian : 6

Hirschbiegel Oliver : 1

Hochhäusler Christoph : 8

Hornung Christian : 8

Hundgeburth Hermine : 1

Karmakar Romuald : 5

Koepp Volker : 4

Köhler Ulrich : 8

Krebitz Nicolette : 8

Kraus Chris : 1

Kruger Jan : 8

Levy Dani : 2

Link Caroline : 6

Luthardt Mathias : 8

Petersen Wolfgang : 1

Petzold Christian : 3

Qurbani Burhan : 7

Roehler Oskar : 1

Rothemund Marc : 1

Saul Anno : 7

Schanelec Angela : 3

Schmid Hans Christian : 6

Schleinzer Markus : 8

Speth Maria : 8

Thalheim Robert : 8

Tykwer Tom : 2

von Borries Achim : 1

Weingartner Hans : 1

Winckler Henner : 8

Wortmann Sönke : 1

Yavuz Yüksel : 7

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