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Chroniques américaines

recueil de critiques de Pauline Kael (Editions Sonatine)

samedi 7 mai 2011, par maro

Certains réalisateurs ont su élever le cinéma de la technologie au rang d’un art ; avec Pauline Kael (1919-2001), la critique atteint presque les mêmes altitudes mais "Qui aime bien, châtie bien" et la chroniqueuse attitrée du New Yorker pendant une quarantaine d’années avait la plume acerbe, même pour les films qu’elle appréciait.

Ce recueil commence par un coup de cœur pour « Bonnie and Clyde » d’Arthur Penn : vingt sept pages d’analyse brillantissime démontrent combien ce film est remarquable et important pour le cinéma américain ; elle en affectionne le moindre détail, enfin presque, regrettant seulement un regard maladroit dans une scène, quelques éléments du scénario... et puis aussi certains "gros plans trop lourds de sens", sans parler des deux acteurs principaux (Warren Beatty, dont le corps, à la différence du regard, reste inexpressif et Faye Dunaway "au style et au jeu trop modernes"), jugés excessivement glamour pour leurs personnages !

Le lecteur de vacheries élégantes se régale mais notre critique atrabilaire s’en prend maintenant au public qui manifeste son animosité envers des œuvres dérangeantes alors que les mauvais films ne font que le laisser indifférent. Elle attaque aussi l’intrusion de la morale dans le jugement artistique, la "politique des auteurs" chère aux Cahiers du Cinéma" qui oublie l’importance du scénariste ou les grosses productions qui se résument à des performances techniques.

Vous adorez Stanley Kubrick ? Erreur funeste : Pauline vous gratifie d’un réquisitoire aussi talentueux qu’injuste contre « Docteur Folamour », détestant que le réalisateur utilise l’ironie pour recouvrir un discours platement édifiant. Elle incendiera avec la même verve iconoclaste « Barry Lindon » et « Shining ». Et Cassavetes ? « Husbands » est exécuté en deux temps, trois mouvements avant qu’elle n’attaque au lance-flamme « Butch Cassidy et le Kid » de George Roy Hill.

Certes, la dame à la dent dure mais ses analyses sont savamment argumentées, replacées dans l’œuvre du cinéaste, mises en perspective avec d’autres films, selon les préceptes d’André Bazin. Elle fait montre d’une culture aussi éclectique que sa rancune est tenace : « Docteur Folamour » était sorti depuis plusieurs années ; Federico Fellini, dans l’autre volume, a droit à un asaisonnement aussi vinaigré. Quant à Clint Eastwood, les qualificatifs qu’elle emploie à son encontre (macho, violent, raciste...) sont restés "encrés" dans la mémoire de la presse !

Quelques réalisateurs trouvent pourtant grâce à ses yeux : Robert Altman et Sam Peckinpah (jusqu’à leur baisse de forme à la fin des années 70) ou Francis Ford Coppola, tant qu’il reste "coppolien". Alors Quentin Tarantino a bien raison de déclarer que “Les critiques de Pauline Kael ont été ma seule école de cinéma” car nul doute qu’elle aurait aimé ses films comme elle avait fait preuve d’une rare sagacité devant les premiers opus de George Lucas, Steven Spielberg, Martin Scorsese ou Michael Cimino.

Très "américaine" d’esprit, on la sent plus à l’aise pour disséquer les productions de son pays que les films européens. On conseillera donc en priorité le volume "noir" des chroniques américaines (Editions Sonatine, 24 euros) à son versant "blanc", consacré à l’Europe. Au delà des controverses, une grande figure de la critique, fougueuse, pertinente, avec du style et un amour immodéré du cinéma !

Quelques films passés à la moulinette Pauline Kael :

- Bonnie and Clyde d’A.Penn

- Docteur Folamour de S.Kubrick

- Easy Rider de D.Hopper

- Alice’s Restaurant d’A.Penn

- Butch Cassidy et le Kid de G.R.Hill

- Husbands de J.Cassavetes

- Wanda de B.Loden

- John Mc Cabe de R.Altman

- Le Parrain de F.F.Coppola

- Jeremiah Johnson de S.Pollack

- Mean Streets de M.Scorsese

- French Connection de W.Friedkin

- Les Chiens de paille de S.Peckinpah

- American Graffiti de G.Lucas

- Papillon de F.Schaffner

- Sugarland Express de S.Spielberg

- Badlands de T.Malick

- Barry Lindon de S.Kubrick

- Nashville de R.Altman

- La Guerre des étoiles de G.Lucas

- Voyage au bout de l’enfer de M.Cimino

- Bobby Deerfield de S.Pollack

- Shining de S.Kubrick

- Stardust Memories de W.Allen

- Elephant Man de D.Lynch

- Raging Bull de M.Scorsese

- Les Portes du Paradis de M.Cimino

- Les Aventuriers de l’arche perdue de S.Spielberg

- Coup de cœur de F.F.Coppola

- Reds de W.Beatty

- L’Honneur des Prizzi de J.Huston...