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Cinéma : la mise au vert ?

dimanche 13 octobre 2013, par filparp

28 000 litres d’eau en moyenne pour une scène d’amour sous la pluie à Bollywood. Explosions en série, décors pharaoniques en bois tropicaux et déplacements couteux en rapport carbone d’équipes de tournage pléthoriques à Hollywood. Le bilan environnemental du cinéma mondial n’est pas reluisant, Alain cavalier et quelques autres exceptés, bien sûr...

Pourtant, depuis quelques années, les majors hollywoodiennes font assaut de communication pour afficher leur bonne conscience écologique, cependant que des films à portée environnementaliste montent aux sommets du box-office. Poudre aux yeux juteuse ? Réelle prise de conscience ? Essayons de faire le point sur les rapports actuels entre cinéma et écologie, tant du point de vue des thèmes abordés que du rapport carbone de la production cinématographique.

Hollywood et les géants verts

Plus écolo qu’eux, tu meurs. Universal Pictures (Comcast) abrite ses bureaux dans une des tours les plus écolos du monde. Fox a équipé les siens de panneaux solaires dernier cri, la maison mère (News Corp, également propriétaire de la chaine télé et du Wall street journal) ayant décidé une vaste politique d’économie d’énergie. Chez Sony (Columbia), on réduit la nuisance des emballages de DVD en les rendant recyclabes, on travaille à fabriquer des écrans plus économes en énergie. La Paramount pilote, tout comme Viacom, des groupes d’action écolos. Walt Disney lance des programmes d’éducation à l’environnement tandis que le fonds Disney Worldwide Conservation subventionne des associations de défense de l’environnement.

Cette vague écologique gagne également la production des films elle-même. Si certaines recommandations pour « tourner vert tiennent du simple gadget qui peut prêter à sourire ou du bon sens élémentaire (utiliser du maquillage bio, éviter les lumières de veille, économiser sur le gobelet plastique, éviter le support papier pour l ’écriture d’un scénario), d’autres sont plus sérieuses. Ainsi la Warner s’est-elle équipée d’un vaste système de panneaux solaires transportables qui lui permet de réduire sensiblement l’impact écologique de ses films lors des tournages dans le désert. Et certaines productions commencent à regarder de quel bois elles habillent leurs décors, essayent de privilégier les transports collectifs.

La Producer’s Guild of America a édité depuis un an le Green Production Guide, qui offre des adresses de fournisseurs « propres ». Travaillant avec les états ou les grandes villes, subventionné par toutes les grandes compagnies Paramount excepté, il donne des aides spécifiques à ceux qui veulent produire plus respectueux de l’environnement. Et offre sur son site www.pgagren.org solutions pratiques et outils pour calculer le bilan carbone de chaque tournage.

Et la France, Monsieur ?

Au beau pays des verts pâturages a été lancée depuis 2009 le programme Ecoprod. A l’initiative de la Drire d’Ile de france, de France Télévisions, de la Commission du Film d’Ile de france, de TF&, du groupe Audiens, ce projet veut à la fois limiter la casse environnementale et sensibiliser les professionnels. On peut trouver son calculateur carbone sur www.ecoprod.com , tout comme des manuels de bonne pratique écologique censés également pouvoir réduire les coûts.

Une mise au vert intéressée ?

Oui, bien sûr que oui. Constater que certains efforts sont réels et bienvenus n’exclut pas la lucidité sur le fait que cette prise de conscience rapporte. Le public à tendance écolo est un grand consommateur de cinéma, et les films environnementaux font recette. Dès lors, au niveau de leur communication, les grands groupes ont tôt compris que se donner une image « écolo » était une excellente opération financière. Même quand cela frise le ridicule, comme ces soirées où les invitations précisent que la cuisine est bio et les ampoules sont basse consommation alors que les invités arrivent de fort loin dans des voitures haute pollution.

Tout n’est pas rose au pays du film vert

Le comble du comble, c’est bien entendu le film qui vous fait le leçon de morale écolo sur votre implication dans la disparition de la banquise, par le truchement de cette horripilante et constante voix off qui est celle des dieux de la pellicule verte, alors que les images ont nécessité le transport de deux cent tonnes de matériel et l’usage de trois hélicoptères.

Et beaucoup de films qui visent à aiguillonner notre conscience critique ne se montrent eux-même pas plus soucieux que cela du respect de l’environnement dans leur propre façon de tourner.

Sans parler du Home propagandiste et ennuyeux de Yann-artus-Bertrand, où la promo s’accompagne de produits dérivés qui donnent à réfléchir comme l’ « escarpin écologique » à 370 euros (Sergio Rossi) où le tee-shirt en coton bio, estampillé Home, à 140 euros (Gucci). « Il faut donner du sens à nos affaires », a précisé sans frémir François-Henri Pinault. Ben voyons.

En guise de conclusion...

Plusieurs constats s’imposent. Tout d’abord, l’écologie est devenue incontournable. Tant pour les spectateurs que pour les producteurs et les réalisateurs. Si l’on souhaite une rapide prise de conscience, c’est déjà un premier pas de franchi. Ensuite, si la fiction s’en saisit pour l’instant majoritairement à des fins spectaculaires ou en guise de fond d’intrigue, l’écologie a trouvé une voie privilégiée dans l’expansion actuelle, fort réjouissante, du documentaire. Le docu-écolo n’est qu’une variante vériste du cinéma-catastrophe. Mais les choses évoluent, et la variété de formes et de qualités du cinéma vert n’a d’égale que l’extrême diversité du cinéma. Si cette maturation s’accompagne d’un questionnement du septième art sur ses propres pratiques, l’évolution en cours pourrait alors avoir deux bénéficiaires : le cinéma et le spectateur.