Accueil > Panoramas > Panorama du cinéma syrien

Panorama du cinéma syrien

mardi 30 août 2011, par filparp

L’histoire du cinéma en Syrie commence en 1903 avec une projection de films (des frères Lumière, bien sûr) à Alep. Cette projection, organisée par des turcs en villégiature, le nord de la Syrie étant alors province ottomane. Cette projection suscite quelques vocations, comme celle de Habib Shammas qui achètera un projecteur et organisera des sénces de cinéma dans les cafés de Damas.

La présence turque crée en 1914 une société de production, répondant au nom de Cosmographe, dont le but sera avant tout de diffuser la propagande de l’allié allemand durant le première guerre mondiale.

La donne change avec le protectorat français. Un quatuor formé du photographe Jalal Mouradi, d’ Ayoub Badri, Ahmad Rachid et Ahmad Tello se lance dans la production de L’accusé innocent, premier film syrien. Si le film est formellement assez banal, il est interdit en France, parce que les autorités s’inquiètent des velléités nationalistes qu’il pourrait contenir. Paradoxe des temps, l’interdiction vint du fait qu’il mettait en scène une musulmane non voilée, ce qui pouvait entraîner des réactions populaires...Le film fut retourné en partie avec une actrice allemande, et connut un fort succès dans les salles syriennes.

Sur la vague de ce succès tentèrent d’émerger des producteurs syriens, tentés par le succès d’alors du cinéma égyptien, mais leur première tentative, Sous le ciel de Damas, en 1931, connut une sortie catastrophique car le premier film parlant du pléthorique voisin sortit en même temps. Et que les autorités françaises mirent du temps à accorder l’autorisation de sortie à cause d’obscures affaires de droits d’auteur.

Après la première semi-indépendance accordée aux syriens et aux libanais en 1943, une indépendance définitive est accordée en 1946. Quelques films de type commercial sortent alors, mais le cinéma égyptien reste hégémonique dans la région.

C’est alors qu’émerge une forme de documentaire militant dont la tradition a perduré jusqu’à aujourd’hui. La grande défaite de 1948 avec les palestiniens est par exemple l’objet d’un long métrage d’Ahmad Arfane, un syrien diplômé de l’IDHEC.

Le cinéma de distribution classique disparaît alors, c’est l’état qui prend les rênes de la production, d’abord par la création d’un segment cinéma des armées en 1951, puis d’un département cinéma au ministère de la culture en 1959. Avant la création en 1964 de L’Organisation Nationale du Cinéma, théoriquement -mais pas matériellement- indépendante, chargée d’assurer ma promotion du septième art dans le pays.

Cette organisation connait des débuts prometteurs, et permet à ses débuts à de nombreux réalisateurs d’avoir les moyens de leurs ambitions. Il finance aujourd’hui en moyenne deux films par an (contre 7 longs métrages et vingt courts de 1970 à 1974). s’il a permis de briser les entraves commerciales qui entravent la réalisation, il a aussi introduit lenteur bureaucratie et une forme de censure particulière.

Le cinéma syrien est un cinéma d’auteurs où souvent les réalisateurs sont partie prenante des scénarios. Les cinéastes doivent dans un premier temps présenter leur texte à L’ONC. Ils passent en général facilement cette première étape car il est facile de présenter un texte épuré qui sera modifié au tournage.

Le plus difficile n’est pas de filmer ce que l’on veut, mais de pouvoir ensuite le montrer. Oussama Mohammad, par exemple, qui a fait ses études cinématogrphiques à Moscou, figure importante du cinéma syrien, dont les deux longs métrages ont été présentés à Cannes, a vu son premier film censuré pendant une quinzaine d’années. Sans que l’on comprenne très bien pourquoi. Etoiles de jour, évoque une tentative d’unification du patrimoine par un mariage arrangé. une comédie noire dans laquelle Oussama Mouhamad a présenté des gens qu’il aime, un film d’humour et d’amour.

Erotisme et religion sont les deux grands sujets interdits. Son second long métrage,, Sacrifiés (2002), qui parle du rapport au père ; de l’éveil du désir et du pouvoir, n’ a pas connu les mêmes difficultés. L’approche était plus difficile, les messages moins clairs.

Mais la plus importante figure de l’époque est sans conteste Nabil el Maleh, un des ténors du cinéma arabe contemporain. Réalisateur mais aussi scénariste, peintre, poète et écrivain, il est l’auteur de douze longs métrages et d’une centaine de courts et de moyens. Parmi ceux-ci on retiendra particulièrement Des hommes sous le soleil, une trilogie(1970) . Ainsi composée :La rencontre. une brève rencontre entre un palestinien activiste et une jeune touriste en voyage, visitant la zone occupée pour la première fois.. La naissance : un maître d’école, partagé entre ses rêves et la réalité, apprend que les petits rêves dépendent des grands. Parturition : l’attaque par des sionistes d’un village désarmé qui prend fin avec la mort d’un homme et de sa femme enceinte, une tragédie qui ouvre la voie à la reconquête.

Et davantage encore Le léopard, un film à l’image expressive qui influencera toute une génération. L’histoire d’ un paysan qui se révolte contre le système féodal,se réfugie dans les montagnes et impose sa propre loi pendant le protectorat français (1972)*.

A noter également dans une période plus récente Les frontières (Al houdoud) de Doureid Laham (1984), la vie d’un homme qui a perdu son passeport à la frontière de deux Etats arabes non identifiés, qui ne veulent ni l’un ni l’autre le laisser
entrer.

Il y a dans les films syriens le souci de traiter des grands sujets. Les films syriens ont toujours parlé de la question palestinienne, de la guerre de 67 et de 73, du pouvoir, de la répression. L’engagement politique des réalisateurs est visible dans leur production. Il faut dire aussi que La plupart des réalisateurs ont fait leurs études en Egypte et dans l’ex- Union Soviétique, et que cette influence est visible tant du point de vue du choix des sujets que de l’esthétique.

On peut citer en contrepoint le très sensible Le Leja (Al Lajat) de Ryad Shayya, (1995), qui cite Robert Bresson et la nouvelle vague dans ses influences.
Dans un village de la zone désolée du Léja, au sud de la Syrie, une femme tente d’échapper à un environnement silencieux et répressif.Lorsque son mari l’abandonne, elle place tous ses espoirs dans l’instituteur nouvellement muté au village. Un film qui multiplie avec talent les références visuelles puisque l’appui du texte est impossible, créant un univers d’images tout à fait particulier.

Mais hélas la situation actuelle est de plus en plus difficile pour les réalisateurs, et faire un film est un parcours du combattant de plus de dix ans. Ryad Shayyan’a réalisé que le seul Le Leja, et a renoncé à créer d’autres films.

Le cinéma syrien s’enfonce dans la crise, et celle-ci a été fort bien résumée par deux films. Le premier est L’incident du demi-mètre de Zamir Zikra, qui dénonce la bureaucratie à travers le portrait courtelinesque d’un petit fonctionnaire. Le second Un cinéma muet, tourné en 2001 par Mayyar Al-Roumi, qui dresse le tableau des difficultés rencontrées par les grands cinéastes syriens contemporains.

Même le documentaire, enfant chéri du régime, qui a connu ses heures de gloire avec La poule d’Omar Amiralay, L’Euphrate de Mohamed Malas, Femme paysanne de Ma’moun al-Bounni, des films qui dépassaient le simple côté éducatif et avaient une vraie originalité, est aujourd’hui tari.

Bloqué comme la société qui l’héberge, le cinéma syrien n’a pas su trouver, à l’inverse du cinéma iranien qu’il regarde avec envie, les voies pour délivrer un message au-delà des censures. Il suffirait de peu de chose, et tout simplement du renversement d’un régime tyrannique, pour que des voies qui trop longtemps se sont tues s’expriment à nouveau, qu’une nouvelle vague de réalisateurs et réalisatrices naisse.

Avec tous nos voeux pour que le printemps arabe réussisse à briser une répression féroce...


*Nabil el Maleh a également tourné Le Progressiste (1974), Ghawar James Bond (1974), Fragments d’image (1980), Histoire d’un rêve (1983), Les Figurants (1993).

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.