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L’âme de l’ouest

Un coffret DVD bienvenu

dimanche 31 juillet 2011, par filparp

L’âme de l’ouest, c’est le titre sous lequel Wild side a eu l’excellente idée de ressortir deux "westerns" de Richard Sarafian du début des années 70, Le Convoi Sauvage et Le Fantôme de Cat Dancing, placés dans un beau coffret de l’excellente collection Classics Confidential, largement illustrés de photos et documents d’archive. Sans oublier en bonus, une interview récente de Sarafian qui revient avec un sens de l’humour prononcé sur les deux films.

Une excellente occasion de se remémorer combien le cinéma de l’époque était riche, de redécouvrir l’œuvre particulière de « l’auteur américain le plus incompris » selon le critique Andrew Sarris, le cinéaste du Point Limite Zéro (Vanishing Point). Un cinéaste d’origine arménienne, soutenu des ses débuts par Robert Altman, et dont les budgets limités semblent avoir décuplé l’imagination.

Pour beaucoup de cinéphiles, Richard Sarafian est seulement l’homme du Point Limite Zéro, un film culte,un de ceux qui crée des rapports entre l’héritage de John Ford et le Nouvel Hollywood.

Le Convoi Sauvage (Man In The Wilderness, je vous épargne, ami lecteur, mon habituel couplet sur les traductions) est plus un film d’espaces (Mountain films) qu’un western à proprement parler. En 1820, un trappeur, laissé pour mort après avoir été blessé par un grizzly, tente de survivre au sein d’une nature hostile avec une seule idée en tête : se venger de ses anciens compagnons, menés par un capitaine visionnaire dont le navire est traîné par 28 mules à travers un territoire infesté d’Indiens, et qui tente de rejoindre le Missouri à travers les territoires inexplorés...

Au début du film est l’apparition d’un navire bizarroïde tiré par des mules en forêt, comme une pré-vision du Fitzcarraldo de Werner Herzog. Le capitaine de l’expédition, aussi démesuré qu’un Klaus Kinski, c’est Henry, le personnage joué par John Huston. Il donne l’ordre d’ abandonner notre Zaccharie Bass, fort bien interprété par Richard Harris, et celui-ci tente de les retrouver.

La nature est omniprésente comme chez Boorman, la lutte pour la survie finalement très proche de celle d’Essential Killing de Jerzy Skolimowski. Bass s’immerge en elle, il gît recouvert de feuilles mortes, ne fonctionne plus qu’à l’instinct. La morale, pour être claire et un poil (de bison) simpliste, fonctionne : l’homme blanc est un prédateur, l’indien respecte son environnement et une des plus belles scènes du film représente une femme indienne accouchant seule en plein milieu d’un nulle part boisé.

Plus classiquement dans le genre (les fameux double features), le fil est aussi un film d’opposition entre deux hommes, l’un qui se retrouve dans son osmose avec la nature, l’autre qui se perd dans une paranoïa en quête de civilisation (on songe aussi à L’Appât d’Anthony Mann).. Sans oublier l’apparition de Sarah Miles dans le rôle de la respectable femme kidnappée, elle qui fut une égérie très sexe chez Joseph Losey.

Philippe Garnier, ci-devant journaliste à Libération, se colle avec talent aux commentaires dans les bonus. Il affirme « Le convoi sauvage n’est ni un western, ni un Moby Dick d’eau douce, mais un film sur la viande, la chair, le danger, et la douleur... C’est un film profond sur l’âme humaine, un voyage sauvage ». On ne peut que lui donner raison.

Revoir Le convoi sauvage aujourd’hui, c’est voir un film captivant qui en annonce bien d’autres, se marie au cinéma de Monte Hellmann de l’époque, préfigure aussi bien La dernière piste que des oeuvres qui n’ont qu’une parenté lointaine avec le western.

Le Fantôme de Cat Dancing

Par opposition au Convoi sauvage, Le Fantôme de Cat Dancing est un western estampillé western, avec romance incorporée. Il est connu pour avoir connu pendant le tournage l’assassinat jamais élucidé du manager de Sarah Miles, qui joue ici comme dans le film précédent. Et pour l’éviction de Michel Legrand, prévu à la bande son.

Mais, trêve de news pour journaux à scandales, revenons au cinéma. Sarah Miles ouvre le bal sous vaste ombrelle et répand autour d’elle une aura de sensualité, tendance tenue équestre avec cravache, sur pur-sang gris. Manque de bol apparent, elle tombe sur une bande d’affreux repris de justice variés dirigée par Jay Grobart (Burt Reynolds, d’une sobriété magnifique, qui n’a pas forcémént fait beaucoup mieux).

Hors la loi banalement hanté par le souvenir d’une squaw trop tôt disparue (celle là, on nous l’a déjà faite), il tombe comme il se doit amoureux de la belle érotisante, ce qui est l’occasion de jolis ballets de forêt entre les deux doublement poursuivis. Nos deux amoureux ont en effet à leurs trousses forces de l’ordre et mari jaloux, le second s’avérant tout aussi dangereux que les premiers. Le film tente d’expliquer l’alchimie de l’amour à la Pierre-Gilles de Genne, façon mécanique des fluides : "L’amour c’est comme deux gouttes de pluie qui tombent sur le sol, puis se rejoignent pour n’en former qu’une". Mais pas d’inquiétude sur la face romance pour midinettes, la violence les rattrape si rapidement que le bouquet de violettes (fictif) est vite remplacé par le bon vieux Colt.

Mythes revisités, structures apparentes, marches fiévreuses, l’on comprend bien à revoir ces deux films combien est abondante leur filiation dans le plus passionnant du cinéma contemporain. Mais ils restent aussi deux films forts et singuliers qui peuvent s’apprécier sans arrière-pensée.

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