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La fièvre

De Louis Delluc, France, 1921. NB, muet, 43mn.

samedi 29 octobre 2011, par filparp

Louis Delluc est un des cinéastes français dont le nom est le plus connu, sans que son oeuvre le soit vraiment.

Il naît à Cadouin (Dordogne) en 1890. Sa famille s’installe à Paris en 1903. Après des études classiques à Charlemagne et à Henri IV, il prépare l’Ecole Normale Supérieure avant de devenir journaliste. Il écrit sans trève : critiques de spectacles, poèmes, romans,déteste le cinéma de son temps , les films prétentieux et les actualités.

Pendant la guerre, il rencontre Eve Francis, muse et interprète de Paul Claudel ; elle deviendra sa femme en 1918. Un soir de 1916, elle lui fait découvrir Forfaiture de Cecil B. de Mille, Louis Delluc est converti au cinéma.

Réformé en 1914, il part au front en 1917 à la suite d’une sanction disciplinaire : il a participé au journal pacifiste Le Bonnet rouge. Affecté à Aurillac jusqu’à la fin de 1918. Il ne sera démobilisé qu’à l’été de 1919.
En cinnq ans, il contribuera à rénover le cinéma français, méritant bien qu’un prix fameux porte son nom.Il créera les ciné-clubs, Le Journal du Ciné-club et Cinéa. Deviendra le chef de file de l’avant-garde des années vingt, jusqu’au parlant (Abel Gance, Germaine Dulac, Marcel L’Herbier, Jean Epstein, René Clair).

Tournera sept films, avant sa mort en 1924. dont deux comptent parmi les immortels chefs-d’œuvre du cinéma français : La Femme de nulle part et Fièvre.

C’est le second qui est l’objet de cet article. Restauré grâce aux bons soins de la cinémathèque française, il nous a été donné de le voir lors de ce Cinemed 2011. Pure merveille.

D’abord il y a le générique, peuplé de surnoms évocateurs qui à eux seuls vaudraient le déplacement. Une anthologie de l’imaginaire populaire français.

Puis il y l’image généreuse et belle, tantôt bleutée, tantôt sépia, d’une définition incroyable et d’une énergie folle, qui prouve s’il en était besoin que la modernité technique n’est qu’un aspect fort secondaire du cinéma.

Dans un bouge, modeste maison close du vieux port, des femmes se languissent sous la férule d’un tenancier corse, un certain Topinelli et son épouse Sarah. Un ivrogne boit dans son coin, la femme à la pipe lance ses oeillades dans le désert dur bar. Le fonctionnaire timide et la jeune femme "patiente" qui attend depuis des années le retour de son aimé complètent le tableau.

Un groupe de matelots, de retour d’Orient, entre bruyamment, les « affaires » reprennent, le vin coule. Les filles accourent. L’un des matelots, Militis, qui fut l’amant de Sarah, la femme du patron, ramène une petite asiatique qu’il a épousée. Et chacun de sortir en reluquant sa conquête du soir les trophées ramenés du lointain, qui un kimono, qui une incroyable théière.

La jalousie, la présence de l’orientale provoquent une rixe au cours de laquelle le patron tue Militis. La police ne trouvera que Sarah, qui sera embarquée par les agents.

Chaque image est d’une richesse surprenante, au premier, au second, au troisième plan, tout fait sens sans gesticulations ni artifice. Les sentiments sont restitués au plus intime avec d’incessants allers-retours entre présent et le passé, possible et rêve. L’éternel rêve d’amour pour l’amant d’autant plus chéri qu’il est lointain, son irruption dans la réalité où il ne se montre plus tel que l’on se l’était recréé, servent de trame à l’éternelle comédie des amours.

Remarquable de finesse et de légèreté (il fut censuré pour le dévoilement d’un sein), La fièvre est un authentique trésor du cinéma français qu’il est enfin aujourd’hui possible de voir dans sa splendeur originelle. Pour notre plus grand plaisir.

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