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Panorama du cinéma laotien

jeudi 30 août 2012, par maro

Comme souvent dans le Sud-Est asiatique (chez les pouvoirs communistes à commencer par la Chine mais aussi en Corée du Sud), le cinéma laotien a un rapport indissociable avec l’histoire du pays. Commençons par en rappeler quelques éléments... qui ne nous sont pas totalement étrangers !

Bref résumé de l’histoire du Laos

Ancêtre du Laos actuel, le royaume Lan Xang - pays du million d’éléphants - se constitue progressivement au cours du XIVe siècle avant d’être morcelé et de repasser sous domination birmane, chinoise et siamoise. Fin XIXe siècle, la France oblige le Siam à lui reconnaître un protectorat sur la partie orientale du territoire, vite intégré à l’Union indochinoise en 1899. La partie occidentale, où habite 80% de la population lao, reste dépendante du Siam même si une monarchie de façade siège à Luang Prabang ; commence alors le long règne du roi francophile Sisavang Vong (1904-1959). En 1945, les Japonais qui contrôlent toute la région le contraignent à proclamer l’indépendance juste avant qu’il soit renversé par des indépendantistes. Les Français le remettent en place en lui accordant une certaine autonomie, mais le Pathet Lao du prince Souphanouvong, très lié au Việt Minh, déclenche alors une guerre civile.

Après Diên Biên Phu, la puissance des États-Unis se substitue à celle déclinante des Français. Commence la deuxième guerre d’Indochine : jusqu’à 500 000 soldats américains sont engagés au Sud-Viêt Nam contre les maquis communistes qui reçoivent du Nord une aide massive acheminée en bonne partie par la Piste Hô Chi Minh traversant le Laos. En 1962, le gouvernement d’union nationale ne peut masquer la division entre le Sud, pro-occidental, et le Pathet Lao qui régit le Nord. Les Américains aident massivement le gouvernement royal et arment certaines tribus montagnardes, dont les Hmongs (*). Le pays est entraîné dans un conflit qui n’est pas vraiment le sien : entre 1964 et 1974, il reçoit plus de bombes que l’Europe entière pendant la seconde guerre mondiale ! (**)

Un cessez-le-feu est déclaré le 22 février 1973. Jusque-là, la France avait réussi à maintenir son influence en encadrant l’éducation, la justice ou la santé ; chef de la droite neutraliste, le prince Souvanna Phouma, francophile de formation et par mariage, était resté premier ministre presque sans interruption de 1951 jusqu’à 1975 quand son gouvernement est renversé ; le roi Savang Vatthana et la reine Khamphoui abdiquent le 2 décembre 1975 (ils mourront dans un camp d’internement). Très dépendante du Viêt Nam voisin, la République Démocratique Populaire Lao (RDPL) est déclarée avec Souphanouvong à sa tête ; un dizième de la population choisit l’exil. A partir de 1989, le Laos s’ouvre à l’économie moderne et au tourisme, normalise ses relations avec la Thaïlande puis devient membre de l’ASEAN (***) en 1997.

Le cinéma jusqu’à la naissance de la République Démocratique

Plusieurs documentaires ont été réalisés pendant la période coloniale française mais ce matériel a quitté le pays, probablement conservé dans nos archives cinématographiques nationales. Après l’indépendance de 1953, le gouvernement royal laotien et le Front Patriotique Lao luttent aussi sur le terrain de la propagande. Au Nord, le plus ancien film connu est un documentaire réalisé en 1956 avec l’aide de cinéastes vietnamiens, « Rassemblement dans la zone de deux provinces » (Khuan khet Taohom Song Khoueng). D’autres productions révolutionnaires émanent de cette zone comme « 20 ans de la Révolution » (Sao Bi Haeng Karnpatiwath, 1965), « L’été la victoire » (Sayxana Laduleng, 1970), « La terre de liberté » (Daene Haeng Issara, 1970) et même une fiction dès 1960 : « Fate of the girl ».

De son côté, le gouvernement officiel finance de nombreux films de propagande et des documentaires sur la famille royale. Les premiers longs métrages, « Le Vrai et faux ami » (Khukhak Pheunkhaen) et « Notre terre » (Phaenedin Khong Hao) ont été produits au début des années 1960 pour promouvoir la santé dans les campagnes ; les films y étaient projetés par des équipes techniques mobiles. Par la suite, un cinéma commercial embryonnaire voit le jour à Vientiane ; sans studios, les cinéastes locaux sont obligés de louer tout leur matériel à chaque nouveau film et la post-production est entièrement assurée en Thaïlande. A cette époque, la région de Vientiane comporte seize cinémas, la plupart privés, et les plus grandes villes provinciales possèdent une salle de projection.

Avec son film « Trois roues » (Samkhing), le cinéaste lao le plus connu se nomme Khamking Bandasak. Neuf autres longs métrages locaux auraient été réalisés pendant la période 1960-1975 mais peu d’informations subsistent autour de « Le destin de la jeune fille » (Sata Nang), « Lorsque le brouillard disparaît » (Muaxin Khuanmok), « The Black Tai of Lamphanh » (Taidam Lamphanh, 1966), « Heart of the Saravane Girl » (Sao Namchay Saravane), « Tiger of the Mountain Top » (Sua Chomdoi), « Tears of the Refugee Girl » (Namta Sao Ophayob, 1973), « Deux rives du Mékong » (Song Fangkhong) et des deux drames « Kalaket » et « Khunlu Nang Ua ».

Le cinéma laotien depuis 1975

Le Pathet Lao conquiert le pouvoir et créé en 1976 un Département du Cinéma qui le subordonne à une idéologie le limitant à exalter le peuple, la révolution et le progrès socialiste. En plus de nombreux documentaires "éducatifs", une douzaine de fictions auraient été produites au milieu des films importés, essentiellement soviétiques et vietnamiens. Premier film réalisé après 1975, « Le Printemps » (1977) est une œuvre de propagande entièrement réalisée à Pékin par une équipe technique chinoise ; des interprètes laotiens célébrent en chantant et dansant la libération nationale.

La censure se relâche un peu dans les années 80. Environ 70 films étrangers sont importés chaque année, venant de Thaïlande, Inde, Hong-Kong, France, Italie... et même des Etats-Unis. Mais l’essor de la télévision puis de la vidéo fait péricliter le cinéma et son réseau de salles. A Luang Prabang, dans le Nord, seul le théâtre Siengsavan montre encore quelques films au début des années 90 avant que ses projecteurs tombent en panne.

Hormis les documentaires de propagande, seules de rares fictions sont produites sur place. Docudrama co-réalisé par Somchit Phonsena et le vietnamien Phạm Ky Nam, « The Sound of Gunfire from the Plain of Jars » (Siengpeun Chak Thonghai) sort en 1983. « Lotus rouge » (Boa Deng) du réalisateur indépendant Som Ock Southiponh (1988) raconte la vie d’une famille déchirée par la guerre civile. Le Département du Cinéma est remplacé par la Société Cinématographique Publique qui centralise la distribution des films étrangers et la direction du cinéma national puis on créé un Centre National du film d’archive et de la vidéo (1991).

Une nouvelle ère s’ouvre en 2003 avec l’inauguration du Centre International de Commerce et d’Exposition de Vientiane (Lao-ITECC) avec ses deux salles entièrement dédiées au cinéma. Financé par le Vietnam, le Centre National du film dispose d’une salle de 120 places avec un équipement technique offert par le Japon. Les productions locales peuvent y être sous-titrées avant leur présentation à l’étranger. Par ailleurs, une équipe mobile dotée de matériel portable 16mm, 35mm et vidéo parcourt le pays pour y organiser des projections.

La fiction connaît depuis lors un certain essor. Quelques comédies sentimentales ont été récemment produites sur fonds privés mais avec le soutien gouvernemental. « Good morning Luang Prabang » (Sabaidee Luang Prabang) de Anousone Sirisackda et du thaï Sakchai Deenan (2008) propose une visite du pays à travers la romance entre Sorn, un photographe thaïlandais (joué par l’acteur australo-laotien Ananda Everingham) et Noï, sa jolie accompagnatrice locale (incarnée par Khamlek Pallawong). Son film suivant, « Only Love » (2010) parle d’irrigation dans un village et d’amour contrarié. « Lost in the city » (Bounthanh), sorti en décembre 2011, montre un jeune campagnard venu suivre ses études à l’Université qui découvre Vientiane. Une suite est prévue en 2012.

Le cinéma dans le Laos contemporain

A l’image du pays, le cinéma laotien est démuni, tant pour la production que la distribution ; on ne trouve par exemple aucune salle permanente de cinéma en dehors de la capitale. Les spectateurs laotiens sont réduits à ne regarder que des films thaïlandais ou occidentaux, à la condition impérative d’un doublage en laotien (obligation gouvernementale). Le public potentiel se limite aux seuls habitants du pays ainsi qu’aux thaïlandais frontaliers de la région d’Isan, qui parlent également laotien.

Longtemps, les seuls films produits n’étaient que des outils de propagande ou des réalisations patriotiques. Dorénavant, les autorités estiment que le cinéma peut aider à développer le tourisme, source importante de devises pour le pays. En outre, deux évènements récents ont montré l’impact des images : un film thaï (« Lucky Losers ») ridiculisait l’équipe de football laotienne et peu après, une comédie musicale de ce même pays voisin (« Mekong Love Song ») voyait son héros jeter de dépit une fleur de frangipanier, l’emblème national du Laos, créant à chaque fois un incident diplomatique.

Le premier Festival de Cinéma de Vientiane, la Vientianale, s’est tenu en 2009 ; il a mis en compétition une vingtaine de courts métrages locaux et quelques productions internationales. En mai 2011, la deuxième édition présentait des courts métrages, des documentaires, des films pour enfants et des longs métrages. En plus des projections (gratuites) au Palais national de la culture, dans le centre de la capitale, cet évènement intègre une fête animée par des groupes du Laos et des ateliers cinématographiques ouverts à ceux qui souhaitent développer leurs talents de réalisateur.

Pour marquer le 35e anniversaire de la République Démocratique Populaire Lao et le 15e anniversaire de l’inscription de Luang Prabang sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, les autorités ont créé un Festival du Film dans cette ville, la deuxième du pays ; le premier s’est déroulé en décembre 2010, présentant une vingtaine de films d’Asie du Sud-Est (Laos, Malaisie, Singapour, Cambodge, Philippines, Viêt-Nam et Birmanie...) ainsi que 18 courts métrages écrits, dirigés et réalisés par des jeunes cinéastes locaux comme « A Son’s Letter » ; des projections gratuites en plein air ont été organisées à Vientiane puis un mini-festival de quatre films a tourné dans les provinces rurales d’Oudomxai et de Xieng Khuang, habituellement dépourvues de toute salle.

La deuxième édition a permis de découvrir de nouveaux talents, en particulier Anisay Keola qui présentait deux courts métrages, « The Cage » remarquable par son esthétisme et « The Day that... » ainsi que « At the Horizon », produit par Lao New Wave Cinema, premier thriller avec une dimension sociale évidente. De son côté, le Centre Culturel Français propose une programmation régulière de films métropolitains et asiatiques. Enfin, signalons le documentariste lao-américain Thavisouk Phrasavath, co-réalisateur (avec Ellen Kuras) de « The Betrayal » (Nerakhoon), nominé en 2009 pour l’Oscar du meilleur film documentaire et distingué en 2010 aux Primetime Emmy Awards.

Je serais très heureux de compléter cet article. N’hésitez pas à me contacter en laissant un message sur le blog (l’envahissement par des spams a rendu cet accès difficile) ou en écrivant à Festi’Clap, Maison des Associations, 12 rue de la République, 85000 La Roche sur Yon.


(*) Les Hmongs sont encore traqués par les autorités laotiennes et vietnamiennes (voir les reportages de Philip Blenkinsop en 2002 ou Roger Arnold en 2006). 60000 sont réfugiés aux Etats-Unis ; Clint Eastwood en a fait l’objet de « Gran Torino » (2008). Environ 10000 vivraient en France, une bonne partie autour de Nîmes.

(**) Une grande partie des millions de bombes à sous-munition, dites "à fragmentation", sont encore enterrées dans le pays : de 100 à 200 personnes meurent chaque année à leur contact. Film-enquête sur cette réalité, le documentaire franco-belge de Philippe Cosson « Pluie du diable » est sorti en France fin 2009.

(***) Fondée à Bangkok en 1967 dans le contexte de la guerre froide pour faire barrage aux mouvements communistes, l’ASEAN regroupe actuellement dix pays et vise au développement économique et politique de la région.

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