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Au nom du peuple italien

de Dino Risi (Italie, 1971).

samedi 16 mars 2013, par filparp

Le distributeur Les Acacias propose de redécouvrir un chef d’œuvre peu connu de la comédie italienne : Au nom du peuple italien de Dino Risi (1971), et il faut remercier le Concorde de faire partie des douze salles françaises qui nous proposent de redécouvrir ce film d’une actualité brûlante.

Le film est une authentique œuvre de salubrité publique qui a traversé trente trois années pour nous revenir en pleine face comme s’il commentait les nouvelles de l’année en cours .

L’arrogance des nantis, de ceux qui se croient au-dessus des lois par leur proximité du pouvoir, les petits dîners entre notables pour mettre en condition de puissants hommes d’affaires étrangers, les comptes qui s’envolent vers les paradis fiscaux, les profits jamais en crise, la certitude de l’impunité...

Tout est là, arrangé à la mode sarcastique et violente de Dino Risi, le maître de la comédie italienne de la grande période, et l’on en croit à peine ses yeux. Décrire, dès 1971, avec autant de justesse d’humour et de force une société italienne qui ne semble qu’attendre Berlusconi, aux medias dégoulinants de bassesse, au clergé rétrograde du point de vue des mœurs, mais bienveillant envers politiques et industriels corrompus, voilà qui est plus que prémonitoire.

Le scénario et les dialogues sont signés Age et Scarpelli*, les acteurs s’appellent Gassman, flamboyant d’un bout à l’autre, et Ugo Tognazzi, confondant de vérité dans le rôle d’un petit juge obstiné.

Et qui n’a pas vu le premier pris en costume de général romain, alors qu’il festoie parmi la bourgeoisie de Rome, par des flics chargés de l’amener jusqu’au juge pour interrogatoire sur une affaire de mœurs dans laquelle on soupçonne son implication a raté un savoureux et imparable prologue a l’affaire DSK....ainsi qu’un grand moment de cinéma.

Quant à l’effondrement du palais de justice de Rome (qui venait, en effet juste d’avoir lieu et démontrait la corruption généralisée dans les chantiers publics), il sonne comme le glas d’une certaine conception de l’état, qui concerne l’Europe entière.

Aucun film parodique récent ne peut rivaliser avec celui-là en lucidité, en férocité, en talent.
Alors pourquoi ce film est-il moins connu en France que d’autres réalisés par Dino Risi (Le fanfaron, Les monstres, Parfum de femme...) ?

En premier sans doute vient le fait qu’une large partie de l’oeuvre du prolifique Risi est à redécouvrir, et que la trilogie des géants (Fellini, Antonioni, Visconti) a un peu mis dans l’ombre le reste du cinéma italien, d’autant que ces grands auteurs méprisaient un peu celui qui réalisait beaucoup, et avec des moyens inférieurs aux leurs. Et pourtant les films de Risi supportent mieux la patine du temps que bien d’autres, et ils sont le corps vivant et populaire du cinéma de la période, avec des acteurs formidables. Et posent un diagnostic hallucinant de vérité sur nos sociétés.

Et il faut regarder en second le fait qu’il fut très rarement montré en salles. Réalisé en 1971, Au nom du peuple italien ne sortira que quatre ans plus tard en France. La « comédie italienne » est alors en vogue, et tous les films du genre restés inédits pendant plusieurs années sortent. Au nom du peuple italien sera projeté en 1975 dans 3 salles parisiennes d’art et d’essai. Et son ironie sarcastique choque dans une période où l’on parle beaucoup du juge Pascal, surnommé « le petit juge », et de l’affaire de Bruay-en-Artois, sera plutôt mal perçue.

Le film ressortira à nouveau en 1980, mais sous un nouveau titre : « Le petit juge ». Une nouvelle sortie furtive.

La réédition de ce film a été saluée cette semaine par de nombreux médias. Télérama encourage ses lecteurs à « découvrir d’urgence cette fable cruelle ». Pour les Inrocks, « Au nom du peuple italien est l’une des plus belles réussites de la comédie à l’italienne » et enfin Libération souligne que le film « occupe le haut du panier dans la production de Dino Risi dans un jeu de massacre dont personne ne sort indemne ».

Une telle unanimité, plus de trente ans après sa sortie, ne doit rien au hasard.

Courez voir ou revoir ce chef-d’oeuvre d’une sidérante actualité en salle.

* voir l’article qui leur est consacré sur le blog.

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