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Joli mai

de Chris Marker et Pierre Lhomme (France, 1962), 2h36.

dimanche 2 juin 2013, par filparp

« Il faut raser la Sorbonne et mettre Chris Marker à la place. » Henri Michaux

Pendant un mois, en mai 1962, Chris Marker, réalisateur français décédé en juillet 2012, s’est plongé dans le mois de mai parisien, pour partager le théâtre de la vie de la capitale française. Cinquante années plus tard, les dauphines ont presque disparu, le ton est parfois suranné, mais l’actualité des inquiétudes, des espoirs et des représentations demeure avec une surprenante permanence.

Joli mai était jusqu’à peu un de ces films oubliés, un de ces anciens cadeaux de cinéma que la distribution semblait avoir oubliés, comme si la voix de Montand lisant les textes de Marker, ou poussant la chansonnette, était définitivement passée de mode avec ses errements de fin de vie.

Excellente surprise donc que de découvrir à nouveau sur nos écrans ce film trop longtemps passé sous silence, et qu’il est passionnant de redécouvrir aujourd’hui. Deux parties le composent : Prière sur la tour Eiffel et Le Retour de Fantômas, sans que la nature de ces deux chapitres diverge vraiment.

Un mois après les accords d’Evian, le film ne revient pas sur le passé, il préfère, selon les modes du cinéma-vérité, interroger le présent et ses acteurs, scruter l’avenir. Malgré quelques phrases qui indiquent que rien n’est jamais oublié (« Le prolétaire a toujours un sous-prolétaire, venu de l’ancienne colonisation »).

Paris est alors plus divers qu’aujourd’hui, la mixité sociale règne, et les quartiers livrent des vérités particulières. Une famille ouvrière s’échine à obtenir un logement social, deux architectes pérorent sur la cité idéale, une grève EDF suscite des réactions qui pourraient passer aux actus d’aujourd’hui. Et côté météo mai 1962 ressemble furieusement à mai 2013.

Des militants du bonheur proposent la semaine de trente heures, que seuls selon eux des problèmes moraux empêchent ; le madison débarque et fait fureur. Un jeune ouvrier maghrébin contient la révolte qui couve en lui, la solidarité entre les travailleurs existe encore, le discours libéral s’expose plein pot chez les jeunes à la Bourse de Paris, et là aussi, rien n’a changé.

Equipé léger pour mieux pénétrer partout selon les préceptes du cinéma qu’il prône, Chris Marker s’en remet au talent de Pierre Lhomme, qui capte sur le vif avec sa caméra des images d’une qualité et d’une fluidité saisissante, surtout pour l’état des techniques de l’époque. Chris Marker lui fera d’ailleurs l’hommage surprise d’associer leurs deux noms au générique.

La bande son est moderne et riche, et ce film pourrait sans doute se voir deux fois, la première dos à l’écran pour en saisir toutes les subtilités sonores.

Chris Marker compose un kaléidoscope d’images qui font sens, et finissent par livrer sinon la vérité, du moins une approche de celle-ci. D’ailleurs « La vérité n’est pas le but mais la route », comme il nous l’indique juste avant le générique final.

A revoir Joli mai un demi-siècle plus tard, force est de constater que les tensions, les contradictions de la société française que pointait Chris Marker ne sont toujours pas résolues, et que voir ce film aurait été plus utile à nombre d’énarques que la lecture de Tocqueville....

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