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La salle de classe, où une vision classique de l’éducation selon François Truffaut

« L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire ». François Truffaut

samedi 14 septembre 2013, par filparp

Dix-sept années, l’âge d’un parcours scolaire autrefois, séparent Les quatre-cent coups (1959), de L’argent de poche (1976), deux des films les plus connus de François Truffaut. Dans les deux , on voit une salle de classe. Mais est-ce exactement la même ? Et en quoi, au cours de ces quatorze années, la vision du cinéaste, on le sait dans sa propre enfance en but au système scolaire, a-t-elle évolué ?

Il y a d’abord nombre d’éléments de continuité. La pédagogie que connaît Truffaut, c’est la pédagogie à l’ancienne, la pédagogie frontale, qui a encore de beaux jours devant elle puisqu’elle gangrène aujourd’hui même les maternelles !

Des tables alignées, des rangées délimitées, une estrade, un regard exclusif vers le maître, des élèves aussi nombreux qu’aujourd’hui (36 dans Les Quatre Cents Coups, 28 dans L’argent de Poche). Mais pas de mixité, Truffaut ne filme que des garçons. Un cadrage qui souligne toujours l’enfermement. On voit la porte, objet du désir de sortie, mais pas les fenêtres, lieu objectif de l’évasion du rêveur. On parle du sentiment amoureux . Dans L’argent de poche, le baiser de l’instituteur à sa femme, voilé-dévoilé par la porte à la fenêtre translucide fait rire, quand dans Les Quatre Cents Coups il est évoqué par la récitation : « Elle m’aimait bien, la gentille maîtresse... Comme elle me prenait sur ses petits genoux », certains élèves faisant le mime de l’étreinte.

Mais il y a aussi des éléments de discontinuité.
La classe des Quatre cents Coups est un monde terne et de total ennui (le fait que le film soit en en noir et blanc n’a aucun rapport avec ce qui suit), où règnent la poussière, un mobilier déprimant, un maître sinistre. Tout ceci bien sûr résumé par le texte fameux : Ici souffrit le pauvre Doinel/ puni injustement par Petites Feuilles/ pour une pin-up tombée du ciel/ Entre nous, ce sera dent pour dent, œil pour œil.

Le professeur n’est ici que l’instrument de la répression, symbole de la continuité des inégalités sociales (il le faut pour infliger comme punition : conjuguer à tous les temps de l’indicatif, du conditionnel et du subjonctif :  je dégrade les murs de la classe et je malmène la prosodie française ).

La classe de L’argent de poche est , elle beaucoup plus lumineuse. Les enfants s’y expriment par le biais de dessins colorés. La pédagogie, ans être moderne, y est au moins plus bienveillante.

Ce qui montre le plus l’évolution intérieure de Truffaut, lui même révolté contre le système scolaire, c’est le sujet de la leçon : le rapport entre l’instituteur et ses élèves. Le style choisit la simplicité ; les plans sont fixes, le rire est présent, et on note comme une auto-ironie dans dans la description des scènes.

Entre les deux films, le cinéaste a muri, et sa colère a changé de nature. L’homme a en dix-sept années dompté les démons de son enfance, et compris que, sans doute, son environnement familial était plus responsable de ses maux que l’environnement scolaire. Tempus fugit.

Dans les deux films cependant, la vision de l’éducation de Truffaut reste profondément marquée par la sévérité, le classicisme d’une éducation traditionnelle certes orientée vers le savoir, mais peu soucieuse de l’élève lui-même.

Nul ne peut parler que de ce qu’il a connu,et aujourd’hui encore, les parents, fussent-ils modernes, n’ont de représentation de l’école qu’à travers leur propre histoire.

L’enfant Sauvage fournira ensuite à Truffaut l’occasion d’aborder les problèmes liés à l’éducation sous une autre approche, en s’adressant autant à l’enfant qu’à ses parents, à l’élève qu’au maître qui l’instruit. En mettant en lumière une autre vérité : Tout ce que fait l’enfant, il le fait pour la première fois. Mais sans doute sans avoir conscience que l’approche qu’il décrivit alors avait eu écho même entre les murs des vieilles institutions qu’il décrivit dans L’argent de Poche et Les quatre-cent coups...

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