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Hommage à Matteo Garonne.

lundi 11 novembre 2013, par filparp

Né à Rome ne 1968 , fils d’un père critique de théâtre et d’une mère photographe, Matteo Garronne semblait prédestiné à connaître les milieux culturels, surtout si l’on doit croire comme il l’affirme que« passer d’une image seconde à 24 images secondes n’est pas si difficile ».

Cependant, avant d’opter pour le cinéma (provisoirement du moins, il affirme toujours que si un de ses films faisit un flop, il retournerait vers la peinture), c’est au dessin et à l’art pictural qu’il consacra son tempérament créatif, suivant en cela les voies d’un Pasolini.

A vingt-cinq ans il se laisse séduire par la caméra, et après une brève carrière d’assistant opérateur réalise son premier court-métrage, Silhouette, primé en 1996 au Sacher festival créé par Nanni Moretti qui l’apprécie. Il enchaîne avec Terra di Mezzo (1996), le plus réaliste de ses films, où il donne la parole à des albanais clandestins et des prostituées dans la chaleur d’un été de la campagne romaine (il intègrera Silhouette au film). Et crée dans la foulée sa propre boîte de production, Archimède.

Il enchaîne avec un documentaire qu’il tourne à Naples, Oreste Pipolo, fotografo di matrimoni *, puis une deuxième fiction, Les hôtes, un film pour lequel il est aussi costumier, scénariste, et chef décorateur. Son nom commence alors à passer les frontières, et il est récompensé dans de nombreux festivals, dont celui de Valence.

La caractéristique de son cinéma est dès lors un double souci de réalisme et de narration fictionnelle aux choix formels très personnels : caméra portée, son direct, comédiens amateurs, plans longs.

Il tient lui-même la caméra dans tous ses films à partir de Estate romana * (2000), qui est présenté a Venise.

La consécration mondiale viendra en 2002, quand Garrone, alors âgé de trente-quatre ans, tourne L’étrange monsieur Peppino. Un titre qu’il n’aime guère et auquel il préfère L’embaumeur, traduction littérale du titre italien. Ce drame à trois personnages, une fille à la bouche refaite, un homme trop grand et un autre tout petit, met en scène une rencontre qui n’aurait jamais du avoir lieu, chronique un amour refoulé. Entre l’embaumeur, le serveur et une qui change toujours de travail, nait une relation profonde pour lutter contre le mal de vivre. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le film reçoit un excellent accueil critique.

Matteo Garrone, qui a plus d’une corde à son arc, produit alors Le Déjeuner du Quinze août, le délicieux premier film de Gianni di Gregorio, acteur dans plusieurs de ses réalisations.

En 2004, il réalise Primo Amore, l’histoire d’un homme qui aime les femmes, mais n’en trouve aucune tout à fait à son goût. Alors il choisit d’en modeler une a son image, pour le corps comme pour l’esprit. Mais le régime qu’il lui impose l’emmène près de la folie. Un beau film sur le désir et le pouvoir amoureux.

Il es chef-opérateur sur Le Caïman de Nanni Moretti, en 2006.

En 2008 le film Gomorra*, avec pour vedette l’acteur italien Toni Servillo est un véritable choc esthétique. Le film est inspiré du livre de dénonciation de la Camorra du journaliste napolitain Roberto Saviano. Pour ce film, Garrone reçoit le Grand prix du jury au Festival de Cannes 2008. Gomorra remporte aussi le prix du meilleur film européen aux European Awards. Une écriture originale et déliée, une volonté d’interpréter la réalité, une mise en scène rigoureuse, Matteo Garrone est ici dans une sorte de néo-réalisme stylé.

En 2012, sort Reality*. Cette comédie dramatique est inspirée d’une histoire vraie, celle d’un proche de sa compagne, rencontrée sur le tournage de Gomorra. Un père de famille ordinaire n’a pour ambition que de participer à une émission de télé-réalité. Le film propose une nouvelle vision de Naples, cette fois sur un ton de comédie, Garrone ayant clairement affirmé qu’il souhaitait s’éloigner de l’austérité de Gomorra. Le héros, est poussé par ses enfants à se porter candidat pour le casting de « Il Grande Fratello », la plus populaire des émissions de télé-réalité en Italie. Son désir de paraître ira jusqu’à le folie. Les images de Garrone sont à nouveau extrêmement sophistiquées. Le plan-séquence qui ouvre le film commence par un long plan aérien qui fond sur la ville, la baie, le Vésuve, avant de suivre sur un carrosse d’opérette qui pénètre dans l’usine à illusion d’être quelqu’un une fois dans vie.

Le film remporte le Grand prix du jury au Festival de Cannes. Aniello Arena, l’acteur engagé pour jouer le rôle-titre du film, était en prison lors du tournage, et y retournait chaque soir. Garrone l’avait repéré lors d’une représentation en prison..

C’est son deuxième film tourné à Naples, et il y a là plus qu’une simple délocalisation géographique. L’importance du documentaire, l’héritage grotesque du Polichinelle, la mémoire de l’immense Toto constituent en effet une trame commune aux cinéastes napolitains qui, de Nanny Loy à Liliana Cavanni en passant par Pappi Corsicato ou Francesco Rosi, Mario Martone ou Vincezo Marra. Qui tous semblent en communication avec le style de Matteo Garrone.

Celui qui affirme volontiers « travailler à l’instinct » est aussi un cinéaste méticuleux. Il affirme « après un film, je suis toujours content du résultat. Et puis je me retrouve avec des amis, toujours les mêmes pour visionner le film. Et là, je réalise que rien ne va. Alors je prévois toujours deux mois après le tournage pour refaire tous les plans qui ne me plaisent pas. »

S’il ne s’estime pas comme un réalisateur « social » (Nanni Moretti a une conscience sociale et politique bien plus affinée que la mienne », affirme-t-il), tous ses films sont néanmoins traversés de réalité ré-interprétée.

Matteo Garrone le reconnaît facilement : les racines de son cinéma s’imprègnent "inconsciemment" de l’esprit critique et des codes esthétiques du néoréalisme. Il le transforme cependant en utilisant le studio (la place du poissonnier de Reality est entièrement fictive, par exemple), des plans serrés et un montage parfois abrupt, une thématique moderne qui ne veut servir du « prêt à penser », mais laisser le spectateur créer sa propre interprétation au travers des plans.

De tous les réalisateurs italiens actuels, Matteo Garrone est certainement celui qui a intégré le plus d’influences, Rosselini ou De Sica pour l’acuité du regard, Pasolini pour les influences picturales, Fellini pour le grotesque. Sans oublier d’autres influences qu’il revendique, Buster Keaton qu’il adore, Tarkovsky pour Andreï Roublev, et Jean Vigo pour son indépendance absolue.

Primé pour presque tous ses films, il incarne avec quelques autres une bien belle relève du cinéma italien.


* : films dont vous pouvez trouver la critique sur le blog.

Les citations entre guillemets ont été recueillies lors de la table ronde qui lui a été consacrée au Cinemed, en sa présence.

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