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Hommage à Bo Wideberg

vendredi 17 janvier 2014, par filparp

Né le 8 juin 1930 à Malmö, Suède, Bo Widerberg est resté logtemps méconnu en France, et si certaines de ses réalisations des années 1970 sont estampillées cultes, il a fallu l’avènement du DVD, et plus encore de la VOD (Universciné propose un panorama assez complet) pour que ses œuvres soit vraiment accesibles au quidam cinéphile.
Né dans un milieu populaire, Bo Widerberg , après de courtes études, choisit de rentrer dans la vie active et de vivre de petits boulots variés, et s’oriente vers le journalisme. Rédacteur du service de nuit d’un journal local, il bifurque, à partir de 1950, vers la littérature. Il publie au cours de cette décennie, quatre romans et deux recueils de nouvelles. Puis il écrit des critiques de cinéma dans différents organes de presse et s’y fait remarquer par des articles virulents. Déjà il affirme sa parenté avec la Nouvelle Vague et ose critiquer Ingmar Bergman (il était cependant aussi ami avec lui, l’ayant rencontré lors de mises en scène de théâtre) l’accusantde faire des films « vides ».
Sa carrière de cinéaste commence véritablement en 1961 quand il réalise avec Jan Troell, un ami enseignant et photographe amateur, un premier court-métrage inspiré d’un récit de William Saroyan : Pöjken och Draken (Le Petit Garçon et le cerf-volant).

L’année suivante, il publie un pamphlet sur l’état du septième art :Regards sur le cinéma suédois. Il y plaide pour une plus grande liberté formelle, des productions plus légères pou la forme comme pout le coût,et pour les décors naturels. Et ose à nouveau s’en prendre frontalement au conceptions du grand Bergman, accusé d’élitisme.

Les axes esthétiques qu’il détermine rejoignent ceux de la Nouvelle vague française, et la force du texte est suffisante pour convaincre un producteur de Le Péché suédois, très piteuse traduction du titre suédois Barnvagnen (La Voiture d’enfant). Mais un film très réussi, le portrait d’une jeune fille libre et indépendante essayant de profiter de la vie sans entraves et d’une façon très naturelle. Le cœur d’une jeune ouvrière balance entre un chanteur de rock et un jeune homme de bonne famille. Enceinte du premier, elle tente la vie commune avec le second. Naissance du rock’n’roll, condition des mères célibataires, importance de l’alcoolisme échafaudent la trame d’un drame social qui montre l’imperméabilité des classes entre elles. Et ici le pessimisme social tranche avec la joie de vivre des autres nouvelles vagues.
Bo Widerberg sera bientôt dans son mouvementrejoint par une poignée de réalisateurs suédois (Vilgot Sjöman , Jan Troell, Mai Zetterling), tous désireux d’explorer de nouvelles voies et de sortir le cinéma suédois de la seule attraction des oeuvres d’Ingmar Bergman.

Part d’improvisation, ancrage dans la réalité sociale, romantisme à tous les balcons sont les principales caractéristiques de ses films. Des films peu nombreux puisqu’il n’en dirigera qu’une petite douzaine entre 1963 et sa mort, en 1967.

Le succès de son premier film lui permet d’enchaîner avec Le Quartier du corbeau (1963) qui révèle son acteur fétiche Thommy Berggren et évoque la misère des ouvriers dans les quartiers populaires de Malmoë en 1936. Un motif prolétaire, plus exploité du côté du resssenti que de celui de l’idéologique, qui sera réccurent dans son œuvre. Et aussi, Pourtant adapté d’une pièce de théâtre, l’itinéraire d’un adolescent de la fin des années 30, qui va tout abandonner pour tenter de devenir écrivain. Présenté en compétition officielle à Cannes, sélectionné pour les Oscars, le film fut un immense succcès.

Les deux réalisations suivantes, Amour 65 et Heja Roland (1966), furent par contre des échecs. Au moins d’un point de vue public. Et une partie ceux qu’ils avait attaqués dans son pamphlet s’en réjouirent ouvertement. Karlek 65 est l’oeuvre à partir duquel il assurera, outre le scénario et la réalisation, le montage, seul ou en collaboration, de tous ses films, et recevra

Elvira Madigan (1967) lui permet cependant de rebondir et d’obtenir la consécration internationale. Délaissant pour un film l’aspect social de son cinéma, Bo Widerberg opte pour un scénario au classicisme à priori rebutant, une histoire d’amour situé à la fin du XIXe siècle, la rencontre d’un bel officier de famille aristocratique et d’une funambule de cirque. La patte du cinéaste est cependant toujours là, et nos amoureux vont tout quitter pour pouvoir vivre leur amour. Si tout est ici en apparence digne de la collection Arlequin, jusqu’à la fin tragique, la modestie lumineuse de la caméra, le plaidoyer pour la nature, la beauté des images, la force de l’interprétation (Pia Degermark ,primée à Cannes, et T. Berggren, sublimes) réussissent à transcender le récit du cinéaste, et justifient la pluie de récompenses qui s’abattit sur le film.

Bo Widerbeg participe ensuite à un film collectif anti-apartheid, The White Game, programmé au moment de la venue en Suède de l’équipe de tennis sud-africaine.

Hollywood lui fait les yeux doux, mais un projet lui tient encore à cœur qu’il veut réaliser en Suède. C’est Adalen 31, l’histoire d’une grève réprimée dans le sang qui ouvrit les voies du pouvoir pour longtemps aux sociaux-démocrates suéduois. Fidèle à son style Widerberg narre cette révolte des ovriers d’une usine de pâte à papier non avec le souffle épique d’une super-production, mais en prenant le réel par le point de vue de deux frères adolescents, opposés à un directeur plus dépassé par l’histoire que réellement cynique , sans pour autant dénier ses responsabilités. Le film obtint le Grand Prix du jury en 1969 à Cannes, sans doute aussi à cause de sa très belle photographie, quasi-impressionniste.

Bo Widerberg spart alors aux Etats-Unis pour tourner Joe Hill en 1971. Un film bien entendu du meême tonneau, puisqu’il prend pour figure principale le célèbre syndicaliste du début du siècle, immortalisé par une chanson de Woody Guthrie. Ce suédois émigré aux États-Unis, clochard puis chanteur au service des Industrial Workers of the World, est traité par le cinéaste à sa façon personnele, qui pose toujours la même question : quel épanouissement individuel au sein de la révolte collective ? Le festival de Cannes décerna au film un Prix spécial. Plus aurait été difficile l’année du Messager et de Mort à Venise.

Le film marque l’apogée de la carrière de Bo Widerberg.

Il tourne en 1974 un film destiné à l’enfance, l’histoire d’un enfant fou de football intitulé Tom Foot.

Puis, en 1976, il signe son dernier grand film, un film policier, donc un film de genre ce qui est une nouveauté pour lui. Un flic sur le toit (1976) est un des rares très bons polars suédois, un film où Carl-Gustaf Lindstedt y est aussi crédible et Walter Matthau campent imeccablement deux héros dans la tourmente. Longtemps plus gros budget de production pour un film nordique, film à grand spectacle mais aussi réflexion sur l’organisation des sociétés scandinaves, le film est une adaptation d’ un roman de Sjowall et Wahloo, les mythiques créateurs du polar nordique dans les années 60 et 70. "le film tel qu’il est aurait rendu malades les pro­ducteurs hollywoodiens. Une des scènes capitales est une discussion avec le policier fa­sciste qui dure sept minutes... Je voulais surtout éviter de faire un film d’action gratuit et sans signi­fication." (B.Widenberg)*.

Son œuvre postérieure n’est pas diffusée en France, et compte principalement quelques téléfilms.

Et Le Chemin du serpent (1986) ne mérite guère que l’on s’y arrête.

Il obtint cependant encore à Berlin un Prix spécial pour Lust och fägring stor en 1995. Un film que nous n’avons encore pu voir, et que Premiers Plans ne diffusera pas, sans doute du fait de l’indisponibilité de copies correctes. Le film raconte l’histoire d’un garçon de 15 ans, joué par le fils de Bo Wideberg, Stig, qui grandit à Malmö , en Suède , en 1942 . Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage en Europe , la Suède reste politiquement neutre , mais chacun a une opinion. Stig vit une aventure avec une enseignate de vingt-deux ans son ainée. Un film qu’il serait fort intéressant d’enfin diffuser en France.

Longtemps adulé, puis un peu oublié, Bo Widerberg a longtemps été le réalisateur le plus marquant du cinéma suédois aux côtés d’Ingmar Bergman. Il mit en exergue des hommes et des paysages que le cinéma n’avait jamais évoqué, et fut à la fois un grand cinéaste de la rélité et un metteur en scène des rêves humains. Ses idoles étaient Godard, Demy, Truffaut etJohn Cassavetes.

Le meilleur de son cinéma est de ce niveau là, et c’est vraiment une excellente idée du festival Premier Plan d’Angers que de lui consacrer une rétrospective.


* entretien avec Pierre Donnadieu pour Le Matin

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