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Merci Monsieur Resnais

dimanche 2 mars 2014, par filparp

« Je me souviens avoir été très jaloux de Hiroshima mon amour. Je me disais : "ça c’est bien et ça nous a échappé, on n’a pas de contrôle là dessus." » Jean Luc Godard.

Le 26 mars prochain, le dernier film de Resnais, Aimer, boire et chanter sortira sur les écrans français. Et Resnais n’est plus là. Il lui aurait sans doute plu de savoir qu’il terminerait sur un film ludique, lui que ses amis décrivaient comme un faux sérieux.

Il était le plus grand du cinéma français depuis 1959, et l’on s’aperçoit quand on regarde ses quelques vingt longs-métrages qu’il ne s’est jamais répété, qu’il n’a jamais failli ni à l’exigence de la qualité, ni a sa propre liberté.

L’Année dernière à Marienbad, qui révèle l’actrice Delphine Seyrig, réalise 880 000 entrées en France, et le consacre définitivement comme un très grand.

Les trois films suivants sont les plus engagés. Muriel, ou le Temps d’un retour (1963) traite de la torture en Algérie quand La Guerre est finie (1966), écrit par Jorge Semprún, clairement anti-franquiste, raconte l’histoire d’un militant communiste interprété par Yves Montand. Suit le film collectif Loin du Vietnam coordonné par son ami Chris Marker en solidarité avec le peuple vietnamien.

Stavisky, en 1974, retrace l’histoire d’un des plus gros scandales financiers de la Troisième République. Choisissant Jean-Paul Belmondo, une vedette populaire, le réalisateur ne néglige cependant ni l’étude de mœurs ni la précision historique.

Le magnifique Providence, d’après H.P. Lovecraft est interprété, en anglais, par des comédiens anglosaxons (Dirk Bogarde, Ellen Burstyn et David Warner). Magique, ce portrait d’un homme vieillissant et manipulateur lie mise en abîme du récit et réflexion sur l’art et la vie.

Le très didactique Mon oncle d’Amérique, relaie sur écran les propos du vendéen Henri Laborit, parfois exprimées face caméra. Le plus divertissant de tous les films de vulgarisation, et toujours cette élégance d’écriture.

Les années 80 sont celle de la mise en place de « La bande à Resnais », cette troupe protéiforme de ceux auxquels il pouvait tout demander tant ils étaient conscients d’avoir de la chance de travailler avec eux, comme lui se nourrissait de leur talent. Sabine Azéma, Pierre Arditi et André Dussolier ont formé l’indéfectible trio

Alain Resnais avec Sabine Azéma et André Dussollier

La Vie est un roman, L’Amour à mort et Mélo, marquent par leur choix d’un lieu privilégié, leur athmosphère intimiste et trouble, leur profondeur dans la recherche des méandres de l’âme humaine.

Alain Resnais diversifie ses relations dans les années 90, se lie avec Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui réalise Smoking / No Smoking, diptyque sur le possible et le choix,où Sabine Azéma et Pierre Arditi jouent onze rôles. 

Il puise ensuite dans la chanson populaire pour nous divertir, c’est On connaît la chanson en 1997, Là aussi il innove en ne faisant pas chanter les acteurs, mais en synchronisant les originaux sur leurs lèvres. Le film est un immense succès public, 2,6 millions d’entrées en France.

Les herbes folles, en 2009, lui permettent de laisser libre cours à sa fantaisie sur le sujet des relations amoureuses, un film sensible et beau.

En 2012, Resnais réalise Vous n’avez encore rien vu, la rencontre d’anciens acteurs convoqués par auteur dramatique après sa mort, pour juger la nouvelle version de sa pièce de théâtre Euridyce. Un film plus discuté malgré l’immense hommage à ces acteurs qu’il représente. Il aurait été trop triste que ce film là,, hanté par la mort, soit son dernier...

Il avait acheté à treize ans sa première caméra, passage Pommeraye, à Nantes, endroit cher aux surréalistes qui comptent dans son univers mental.

Aimer, boire et chanter a reçu à l’unanimité le prix de la critique et un Ours d’argent, le Prix Alfred Bauer qui va « à un film qui ouvre de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique ou offre une vision esthétique novatrice et singulière ».

Une phrase qui, a y réfléchir, résume bien l’ensemble de son œuvre.

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