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Vidéodrome

De David Cronenberg, Canada, 1983. 1h28

mercredi 1er octobre 2014, par filparp

« The Medium is the Message. » Marshall McLuhan

« Quand on m’a enlevé cette tumeur, elle s’appelait Vidéodrome » (réplique du film)

« Pourquoi tout le monde regarde une merde comme Vidéodrome ? » (réplique du film)

Directeur d’une chaîne de télévision privée, réveillé par Civic TV (la télé que vous emmenez dans votre lit) Max ( James Wood) découvre un jour par piratage d’ un rival une émission intitulée Vidéodrome. Une émission sado-maso, sans intrigue ni personnages.

Max s’emballe pour ce filon. Sa nouvelle maîtresse, Niki Brand (Deborah Harry) sulfureuse à souhait, est elle aussi très excitée quand il lui montre l’émission, au point de se rendre à Pittsburgh pour y jouer les victimes consentantes.

Mais Max découvre peu à peu que Videodrome n’est pas un show de fiction, mais un snuff movie. Un de ces films à caractère pornographique qui mettent en scène la torture et le meurtre d’une ou plusieurs personnes. Dans ces films clandestins, la victime est censée ne pas être un acteur mais une personne véritablement assassinée.

Il se rend compte de surcroît que la vision du programme s’accompagne d’ une onde provoquant une tumeur au cerveau, elle-même responsable de graves hallucinations.

Son enquête lui fait découvrir que la série n’est qu’un leurre, derrière lequel une société secrète investit son désir de contrôler l’esprit humain.

C’était au temps joyeux où loin des grosses productions et des certitudes, David Cronenberg faisait ses gammes dans de petits films terriblement inventifs et pertinents. Celui qui a refusé les sirènes d’ Hollywood, le chantre de Toronto, l’Yves Saint-Laurent jeune cinéaste et anglais (comparaison faite par André S. Labarthe) délivrait alors des films d’une originalité fondamentale et d’une force extrême. Où l’horreur, le fantastique et la science-fiction se mouvaient sous les feux de la psychanalyse.

Cette période a délivré quatre pépites, Chromosome 3 (1979), Vidéodrome (1983), Faux-semblants (1988), ExistenZ (1999).

La force de vidéodrome, c’est d’avoir pronostiqué la médiatisation sans limite de la vie sociale, la suppression de nos libertés par la sphère médiatique, la fin de toute réalité intime.

La profonde originalité du film, difficile à retrouver dans tout le cinéma contemporain, c’est de proposer ouvertement au spectateur de se mettre en position de voyeur tout en lui offrant la possibilité d’une distanciation lucide.

Une conception originale et une vraie proposition de cinéma qui expliquent, associées à un humour noir ravageur, la force jamais démentie de cette œuvre, toujours copiée*, jamais égalée.


*ah, le très mauvais Demon Lover d’Olivier Assayas

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