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Elio Petri

mercredi 1er octobre 2014, par filparp

Formé à l’Ecole du néoréalisme, Elio Petri (1929-1984) est un réalisateur à haute densité politique.

Entre 1970 et 1975, ce réalisateur communiste a tourné une tétralogie qui a assis sa réputation avant qu’un cancer le l’emporte.

Né à Rome, issu d’une famille modeste, renvoyé de son école religieuse pour des raisons politiques, il commence une carrière de militant politique, journaliste, et mène des activités culturelles.

Tardivement consacré en France par le grand prix spécial du jury et le grand prix spécial de la critique internationale, décernés, au festival de Cannes de 1970, Elio Petri a été exclusivement ou presque considéré depuis lors comme un cinéaste politique, dans la lignée de Francesco Rosi.

Mais cela ne porte pas totalement témoignage de son cinéma. Quand Rosi a élaboré un style de films-dossiers rassemblant des morceaux de puzzles historiques et politiques pour reconstituer le réel, Elio Petri, lui, voulait s’adresser directement au public populaire et donc le mélodrame n’était pas exclu.

Ni la satire puisqu’il fut scénariste pour Les monstres de Dino Risi
.
Inscrit au Parti communiste italien, qu’il devait quitter après l’intervention des troupes soviétiques en Hongrie en 1956, il ne reniera rien de ses engagements.

Entre 1952 et 1961 (date de son premier long métrage), il collabore comme scénariste avec Giuseppe De Santis, l’un des maîtres du néo-réalisme.

Il collabore aussi à un film de Carlo Lizzani. Tout cet héritage se retrouve dans L’Assassin (étude de caractère où un antiquaire, soupçonné, à tort, de meurtre, se sent néanmoins coupable), dans Les Jours comptés (1962) et dans Le Maître d’école de Vigevano (1963), d’après le roman de Lucio Mastronardi.

La Dixième Victime (1965) est une fable pop doublée d’onirisme et d’une analyse des relations homme-femme ( voir notre article sur ce même blog).

Le tournant très politique vient en 1967, avec À chacun son dû, adaptation d’un roman de Leonardo Sciascia où, en Sicile, la collusion entre pouvoir et Mafia est dénoncée. dans une forme qui tient plus d’un narratif social classique, inspiré du néo-réalisme que du cinéma militant d’un Rosi.

Interprète d’un intellectuel de gauche dans À chacun son dû, Gian Maria Volonté devient l’acteur fétiche du cinéaste

La tétralogie politique fait ensuite la renommée de Petri. Ce sont Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, La classe ouvrière va au paradis, La propriété n’est plus le vol et Todo modo, quatre films où le réalisateur traque les contradictions du pouvoir, qu’il soit politique, économique où journalistique, dans un style violemment expressionniste et des fulgurances crues. Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, son chef d’oeuvre, puis Todo modo font scandale en Italie. Les politiciens en vue y sont clairement identifiables, et le film les accuse de malversations et de meurtres...

Evidemment le comité de censure veut utiliser les grands ciseaux à interdire, et en premier lieu pour Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, mais ne fait rien en pensant qu’il est inutile de faire de la publicité à un film qui n’a pas de potentiel public. Mais hier plus qu’ aujourd’hui ceux qui prennent les spectateurs pour des imbéciles on tort, et le film est un immense succès.

En 1972, La classe ouvrière va au paradis remporte la Palme d’or ex aequo avec L’affaire Mattei de Francesco Rosi. Hormis le fait d’être italiens, ces deux longs métrages ont en commun la critique du pouvoir, un réalisme lucide et une volonté farouche de liberté. Ces deux films partagent également Gian Maria Volonte. Le charismatique acteur y tient les deux rôles principaux et reçoit à cette occasion une mention spéciale du jury.

Cette tétralogie ne doit cependant pas faire ignorer ses trois premiers films.

Dans Haute fidélité, un film à sketches, ce sont Mario Monicelli, Franco Rossi, Luciano Salce qui lui mettent le pied à l’étrier en 1964. Nous avons évoqué plus haut La dixième victime.

Mais il convient de ne pas oublier Un coin tranquille à la campagne, servi à la perfection par Franco Nero et Vanessa Redgrave ( 1969) . Les cauchemars et fantasmes d’un peintre en manque d’inspiration, qui fuit une femme envahissante, y sont l’occasion de rêves érotiques et violents dans lesquels il tue à chaque fois Flavia, sa femme. Pour la fuir, elle et Milan, il s’installe seul à la campagne dans une grande villa délabrée où une jeune nymphomane de 17 ans a été assassinée. Jeune fille qui s’installe à son tour dans l’imaginaire de Leonardo … Un film trouble et injustement oublié.

Elio Petri est mort d’un cancer en 1982, laissant une œuvre de seulement une douzaine de films. Oeuvre dont la brièveté explique sans doute qu’il ne soit, de façon injuste, que peu souvent cité au panthéon si riche des cinéaste italiens. Mais œuvre essentielle.

Filmographie :

1949 : I Sette contadini (court métrage documentaire)

1961 : L’Assassin (L’Assassino)

1962 : Les Jours comptés (I Giorni contati)

1963 : Il Maestro di Vigevano

1964 : Nudi per vivere (documentaire)

1964 : Haute infidélité (Alta infedeltà) - segment Peccato nel pomeriggio

1965 : La Dixième Victime (La Decima vittima)

1967 : À chacun son dû (A ciascuno il suo)

1969 : Un coin tranquille à la campagne (Un Tranquillo posto di campagna)

1970 : Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Indagine su un cittadino
al di sopra di ogni sospetto)

1971 : La classe ouvrière va au paradis (La Classe operaia va in paradiso)

1973 : La Propriété, c’est plus le vol (La Proprietà non è più un furto)

1977 : Todo modo

1978 : Le Mani sporche (TV)

1979 : Le Buone notizie

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