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Hommage à Lav Diaz

mercredi 1er octobre 2014, par filparp

Un plan de Melancholia

Lavrente Indico Diaz plus communément appelé Lav Diaz est un cinéaste Philippin né le 30 décembre 1958 à Cotabato, Mindanao.

Il a été réalisateur, scénariste, producteur, monteur, caméraman, poète, compositeur, concepteur de la production et acteur. Particulièrement connu pour la longueur de ses films, dont certains durent onze heures, ce qui représente une épreuve même pour le cinéphile aguerri, il assume cette durée en affirmant que ses œuvres ne sont pas sous la coupe du temps mais sous celles de la nature et de l’espace.

Considéré comme un cinéaste de festivals (il est vrai que onze heures pour le prix d’une seule entrée, beaucoup de cinéma ne peuvent se le permettre !), il justifie cette réputation en enchaînant les récompenses pour les douze films qu’il a réalisés depuis 1978.

Batang West Side (2002) a remporté le prix du meilleur film au Festival International du Film de Singapour, ainsi que le grand prix au Festival du Film Indépendant de Bruxelles, et du festival de Manille. Il a également obtenu un Gawad Urian pour son film Evolution d’une famille philippine et le prix spécial du jury 2005 au Festival International de Films de Fribourg en 2006 pour Heremias, Book One. Death in the Land of (the) Encantos a été le film de clôture de la section Orizzonti de la Mostra de Venise 2007, et a reçu une mention spéciale.

Melancholia, une histoire de victimes d’exécutions sommaires de huit heures, très largement supérieure au film éponyme de Lars von Trier, a remporté le Grand Prix Orizzonti à la 65e Mostra de Venise en 2008, cependant que Florentina Hubaldo, CCE a reçu le pix du meilleur film au Festival Images de Toronto. A la Mostra, on l’appelle « le père idéologique du Nouveau Cinéma philippin" (même si ce titre revient à mon sens à Lino Brocka).

En 2013, son film Norte, La Fin de l’Histoire est présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes et Jacques Mandelbaum (Le Monde) le considèrera comme "l’un des plus beau films vus à Cannes". Il est président du jury au Festival de Locarno 2013.

Comme beaucoup des films Philippins, les films de Diaz sont inspirée de l’histoire d’un pays dont on a volé l’histoire et qui n’a pas de passé, puisqu’il n’a hérité que des mensonges coloniaux.

Ce sillon, Raya Martin par exemple l’ a aussi creusé avec son très beau Independencia primé à Un Certain Regard et Manila (co-réalisé avec Adolfo Alix). Comme Raya Martin, Diaz a des affinités avec Apitchapong Weerasethakul ou Rithy Panh comme avec l’histoire du cinéma philippin.

Et ses films sont aussi une façon de se réapproprier l’histoire. Batang West Side de 2001 parle des suites de la dictature Marcos. De son nouveau film, From What is Beforene , nous sont parvenue avant le FIF que la bande annonce et les premières splendides minutes. Un paysage rural y est recouvert d’un bandeau Philippines, 1970 et d’une voix-off nous informant que "ce film est basé sur les souvenirs, et que les personnages sont basés sur des personnes réelles". Et l’on sait aussi qu’il relate l’année du coup d’état funeste, 1972.

Nul doute donc que l’obscurcissement du passé par le mensonge est soit un thème central de ce film en noir et blanc, retour aux amours premières après Norte qui était en couleurs.

L’histoire officielle des Philippines occultée, le but du cinéma de Diaz n’est, selon ses propres termes, comme pour Raya Martin où dans un registre très différend Brillante Mendoza que de "récupérer ce qui a été perdu" .

Pour une tâche aussi immense, que le spectateur ne soit aucunement effrayé par les cinq heures trente huit-minutes de From What is Before. Il se rendra compte après coup à la fois qu’elles lui ont semblé bien courtes et auront marqué son esprit de spectateur, tant ce cinéma-là est régal.

Et puis, après tout, à côté des onze heures trente de Evolution of a Filipino Family, ce n’est presque là qu’un court-métrage !

Il y a chez Diaz un souffle épique qui transporte, de grandes poésies de vie incrustées au cœur de chaque plan, des noirs et des milliers de gris qui permettent de faire corps avec le romanesque de personnages dont le souffle est aussi concret que surnaturel.

Pour ces visions déchirées qui passent l’appel du réel pour frapper au plus profond, Lav Diaz est sans conteste l’un des plus grands cinéastes contemporains, un des trois fleurons de cette école philippine qui ne cesse de nous surprendre, un réalisateur à découvrir d’urgence.

Les occasions de le connaître étant rares, tous en salle lors de la projection dans le cadre du FIF !

Filmographie :

Serafin Geronimo, kriminal ng Baryo Concepcion (1998) (Kriminal ou Kriminal ng Bo. Concepcion ou The Criminal of Barrio Concepcion)

Hubad sa ilalim ng buwan (1999) (Naked Under the Moon)

Burger Boys (1999)

Batang West Side (2002)

Hesus rebolusyonaryo (2002) (Hesus the Revolutionary)

Ebolusyon ng isang pamilyang pilipino (2004) (Evolution of a Filipino Family)

Heremias (2006)

Imahe nasyon (2006) (sketche "Nang Matapos Ang Ulan")

Kagadanan sa banwaan ning mga Engkanto (2007) (titre anglais Death in the Land of
(the) Encantos) — Prix Horizons - mention spéciale à la 64e Mostra de Venise

Norte, the End of History (2013) (Norte, Hangganan Ng Kasaysayan)

From What is Before (2014) - Léopard d’or au Festival international du film de Locarno
2014

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