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Les bien-aimés

De Christophe Honoré, france, 2011. 2h19

mercredi 1er octobre 2014, par Antoinette Doinel

Le huitième film de Christophe Honoré était très attendu . Hors compétition, film de clôture à Cannes cette année, il bénéficiait déjà de très bonnes critiques.

Film choral, film chantant, film empreint d’influences des maîtres d’Honoré de la nouvelle vague, Demy en tête , Les bien-aimés est un film magique, poétique, romanesque en diable qui a un grand et seul sujet : l’amour, les amours sur quatre décennies d’une mère et de sa fille.

Aimer, être aimé en retour c’est la grande affaire de tous nos acteurs. Catherine Deneuve en tête illumine le film de sa présence. Sa complicité avec Chiara Mastroianni, sa fille dans le film, fait plaisir à voir. Chiara Mastroianni se livre complètement (enfin !) dans cette histoire d’amour impossible. Resplendissante, pleine d’énergie, tour à tour drôle voire déjantée, mélancolique et finalement désespérée, elle forme avec Louis Garrel (amoureux éconduit ironique, sarcastique, coléreux) et Paul Schneider, musicien homosexuel torturé, un triangle amoureux tout à fait convaincant.

Le début du film ressemble à du Demy : jeunes actrices virevoltantes, couleurs acidulées, chansons des sixties, jambes de biches chaussées de talons aiguille Roger Vivier arpentant le pavé parisien. Ludivine Sagnier , Catherine Deneuve jeune, est légère et inconséquente. Travaillant dans un magasin de chaussures, prostituée occasionnelle par manque d’argent, elle tombe amoureuse d’ un médecin tchèque, play-boy slave, qu’elle épouse. Il sera l’unique amour de sa vie et à l’approche de la vieillesse, il sera magnifiquement interprété par le facétieux Milos Forman.

Plus les décennies se rapprochent des années 2000, plus le film prend un ton tragique. Nos héros sont romantiques croient encore à un idéal, hésitent, mais foncent tête baissée dans des passions destructrices et impossibles.

Pour adoucir tout ce désespoir, Honoré filme d’une façon énergique, rapide , joue avec les couleurs (dans la nuit glauque londonienne , des grilles bleu indigo, la silhouette rouge de Chiara traversant avec grâce les rues).

Les villes se succèdent au fil des années : Paris, Prague, Londres, Montréal et ...Reims.

Les héros traversent les époques et de dramatiques évènements, le Printemps de Prague pour Ludivine Sagnier, les attentats du 11 septembre pour Chiara. Curieusement, ces évènements tragiques ne touchent pas nos héroïnes, on pourrait les taxer d’égoïsme, mais seuls leurs sentiments si purs et si forts les guident.

L’émotion nous gagne dans certaines scènes où tous les personnages vibrent de sincérité et de fragilité : Louis Garrel posant la photo de Chiara dans le jardin sur la balançoire. Catherine Deneuve soufflant ses soixante bougies essayant de faire bonne figure devant les invités alors qu’intérieurement elle est complètement dévastée. Chiara Mastroianni dansant desespèrement sur un clip vidéo dans le bar d’un hôtel de Montréal avant l’irréparable. Il n’y a jamais de pathos, car Honoré agit par petites touches légères et la musique et les chansons d’Alex Beaupain nous empêchent de sombrer complètement dans la tragédie.

Courez vite découvrir cet univers enchanté mais aussi désenchanté (Honoré semble avoir vécu toute une vie pour nous dépeindre si justement chaque étape de la vie amoureuse, de la fin de l’adolescence à la vieillesse) et achetez la BO du film pour vous souvenir de ces héros si proches de nous.


* révélé dans Bright Star de Jane Campion

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