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La belle personne

De Christophe Honoré, france, 2008. 1h30

mercredi 1er octobre 2014, par Antoinette Doinel

Le monde de Christophe Honoré peut en énerver plus d’un : un microcosme parisien, où de jeunes bobos du 16ème ignorants des dures contingences de la vie quotidienne étudient sagement et sans peine les mathématiques, l’italien ou le russe.

Difficile de transposer le roman de Mme de La Fayette, la princesse de Clèves à l’époque contemporaine. Risqué, voire improbable d’évoquer l’amour courtois à la cour de France à travers la passion amoureuse vécue dans une classe de première.

Pourtant Christophe Honoré surprend et enchante : une magnifique image épurée anime des personnages émouvants, romantiques en diable, qui parcourent les couloirs, les escaliers, les galeries du très chic lycée Molière.

Leurs trois principales préoccupations ? L‘amour, l’amour, et l’amour.

Une nouvelle élève, Junie, intègre une classe de première. On ne sait pas grand chose d’elle, si ce n’est qu’elle est la cousine de Nathias, qu’elle a perdu sa mère et vit chez son cousin. Mystérieuse, silencieuse , le teint diaphane, elle est belle. Léa Seydoux qui tient ici son premier grand rôle. Otto, génial Grégoire Leprince Ringuet , en tombe immédiatement amoureux, va tout faire pour la séduire , ce qui demande beaucoup de patience et peut mener à toutes les extrémités.

Nemours, beau ténébreux, professeur d’italien , tombe sous le charme lui aussi. Pourtant habitué aux aventures galantes, il est irrésistiblement attiré par la mystérieuse Junie, se meurt d’amour pour elle.

Autour de ces personnages principaux gravitent d’autres adolescents qui tous vivent leurs premières véritables histoires d’amour.

On se connaît, on se confie, on s’épie, on se jalouse. Retour ligne automatique
Junie comme la princesse de Clèves s’enfuira, refusant l’amour, craignant de souffrir un jour de l’abandon de Nemours. Fragilisée par le deuil de sa mère, elle se dérobe devant les tumultes de la passion qui pourraient la conduire au désespoir ou à la dépression.

Tous les faits marquants du roman sont présents dans le film : Nemours vole le portrait de sa belle dans le cahier d’italien de cette dernière.

L’épisode de la lettre d’amour tombée de la poche de Nemours est également présent, suscite confusions et drames.

Le vocabulaire précieux de Mme de La Fayette (affliction, transport, passion violente, inclination...) est ici traduit par les jeunes acteurs d’une manière sensible , émouvante, jamais mièvre, actuelle. Les sentiments de l’adolescence sont exacerbés tout comme dans le roman, on vit les choses comme si c’était la dernière fois et pourtant c’est la naissance de l’amour pour tous ces jeunes gens.

Après les chansons d’amour, qui traitait des affres de la vie de couple chez les presque trentenaires, Christophe Honoré décrit ici la découverte des joutes de la séduction et du plaisir amoureux au sortir de l’adolescence avec justesse et grâce. Retour ligne automatique
Christophe Honoré est un peu l’héritier de la nouvelle vague : Louis Garrel nous fait irrésistiblement penser au lunaire Jean-Pierre Léaud , et l’utilisation d’une chanson d’Alex Beaupain déjà parolier sur les chansons d’amour nous rappelle la magie de Jacques Demy.

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