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Les Apaches

De Thierry de Peretti, France, 2013. 1h30

mercredi 1er octobre 2014, par filparp

Au printemps, les riches propriétaires des villas qui mitent peu à peu la côte Corse ne sont pas encore là. Pierre grise, piscine, luxe ostentatoire. A Porto Vecchio, lieu de résidence de la cinémathèque corse, le luxe est ostentatoire.

Le fils du jardinier ne résiste pas à la trop belle tentation d’y emmener quatre potes. A ses risques et périls. La maison devient un symbole, un territoire à conquérir. Et quand au cours de la fête l’alcool échauffe les esprits, les DVD, les fusils de collection, la technologie de pointe deviennt des butins qu’l est légitime de s’approprier.
Mais la Corse est soumise aux règles du mezziogiorno tout proche, et le parrain local n’apprécie pas que l’on viole les règles sans son accord. Et les jeunes qui traînent leur ennui dans le boîtes à la mode ne sont guère solidaires entre eux.

Le film explore un territoire cinématographiquement inconnu, celui des immeubles, des parkings, des marécages, où le monde des « gaulois » de touristes s’oppose à une réalité qui est pour les jeunes déshérités proche de celle de la métropole.

Sauf que les mafieux roulent en Mercédes haut de gamme, et que même si l’on veut jouer l’envers des clichés comme le fait Thierry de Peretti, ce territoire n’est pareil à nul autre.

S’il y a une influence de cinéma évidente dans Les Apaches, c’est celle du Gomorra de Matteo Garonne. La lumière est drue, et les jeunes ragazzi, puisqu’ici l’influence de l’Italie est évidente*, se trouvent pris comme dans le film primé à Cannes au jeu d’un western décalé qui tourne au drame.

Les corps adolescents qui n’hésitent pas à se livrer aux feux de l’été et de la violence, la tradition couvre les réalités corrompues, et si Porto Vecchio est à la latitude de Rome, c’est bien à Naples, un peu plus au sud, mais à portée de bateau, que l’on songe.

S’il évite les pièges du manichéisme, choisissant à cet effet de tisser une trame complexe faite des fils des antagonismes entre classes sociales, entre générations, entre nationalistes et tenant de l’état français, de Peretti privilégie les paysages, avec l’originalité de s’intéresser en particulier à ces zones péri-urbaines qui peu à peu enlaidissent l’île de Beauté en faisant la joie des promoteurs de tous poils.

Les ragazzi de l’île sont plus proche de Pasolini que d’Audiard, des olvidados buñueliens que du Mafiosa de Canal.

Les Apaches sont un film réussi et attachant qui a le mérite de sortir les problématiques de l’île des sentiers (de randonnée) battus, et de livrer une vision de la Corse qui, même cinématographiquement, la rapproche davantage de l’Italie toute proche que de la métropole...


* les italiens sont largement majoritaires à Porto Vecchio durant la période estivale

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