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Panorama du cinéma philippin

mercredi 1er octobre 2014, par filparp


Auraeus Solito : Busong

Le cinéma fit son apparition dans la colonie espagnole de Manille en 1897 avec la projection de courts métrages qui ne dépassaient pas 45 secondes, temps largement suffisant à l’époque pour impressionner le spectateur. Antonio Ramos, officier de l’armée espagnole, importa un Cinématographe Lumière. Il put enregistrer et projeter les images qu’il réalisa sur Manille en 1898.

Les courts métrages de type documentaire, produits où diffusés pendant la période coloniale américaine, évoluèrent vers le format long à mesure qu’ouvraient un plus grand nombre de salles de cinéma à Manille, qui devint un des grand centre de diffusion du cinéma. Les comptes rendus de voyages des Frères Lumière, les films de Méliès étaient diffusés. Le réalisateur philippin Manuel Silos réalisait les courts métrages burlesques muets dans lesquels il jouait, vers la fin des années 20.

Le premier film produit par un philippin est Dalagang Bukid de Jose Nepomuceno, en 1919. Catégorie romance plus plus.

Le premier film parlant en Tagalog est Ang Aswang en 1930.

Mais rien ne distingue une production pauvrette, mise durant l’occupation japonaise entre 1942 et 1945 au service de l’occupant. Cependant le spectateur se voyait proposer des films français, allemands, italiens, anglais ou danois en provenance d’Europe.

1950, le premier âge d’or.

Les « big four », quatre studios puissants, permettent l’émergence des nouvelles techniques, développent les trois catégories de films de genre les plus appréciés aux Philippines :romances, comédies musicales, films d’action. Du point de vue des réalisateurs, une production dans l’ensemble moyenne est largement dominée par les figures de Lamberto V. Avellana et Laurent Condé, qui ouvriront au pays les voies de l’exportation.

Lamberto V. Avellana ( 1915-1991) fut longtemps le plus connu des réalisteurs philippins. Son premier film, Sakay (1939), est une biographie du révolutionnaire du début du sècle Macario Sakay.

Le réalisme social devient dès cette période la principale caractéristique du cinéma philippin, un cinéma toujours socialement concerné, « socially concerned » pour reprendre de façon littérale la formule qu’aiment à employer les cinéastes philippins .

Avellana réalisé plus de 70 films dans une carrière de plus de cinquante ans. Anak Dalita (1956) et Badjaos (1957) sont ses oeuvres les plus connues. Anak Dalita , portrait réaliste de la misère née de la seconde guerre mondiale, marqua son époque.

Laurent Condé réalisateur qui joua dans la plupart de ses films, créa sa propre maison de production en 1946. Citons Si Tamad Juan, Si Juan Daldal Anak ni Juan Tamad, Prince de Paris, Siete Infantes de Lara , Siegfried , et surtout Genghis Khan, le premier film philippin à être présenté dans un festival étranger, la Mostra de Venise en 1952.

De 1952 à 1958, il produit en quantité des films populaires mêlant scénarios sans originalité et observation sociale.Retour ligne automatique
De 1959 à 1963, il reprend son genre fétiche, et est le héros de Molave, et des trois Juan Tamad classiques (Juan Tamad est un héros d’histoires philippines pouplaires chez qui la paresse le dispute à la bêtise) : Juan Tamad va au Congrès, Juan Tamad avance pour la société et Si Juan Tamad .Retour ligne automatique
La fin de sa carrière, pendant laquelle il tentera en parallèle l’aventure politique, sera moins glorieuse.

1960 : le genre « bomba »

Ce sont des films es films équivalents des « pink pictures" japonais . Ces films utilisent la nudité féminine et les scènes de sexe comme arguments de vente. Il sont particulièrement nombreux durant la prolongation de la loi martiale promulguée par le président Marcos. Avec les comédies burlesques, elles servent d’échappatoire à un peuple marqué par la dictature.

Se développe également une veine de films-copies des films occidentaux, les James Bond en particulier. Sans intérêt.

1970 ; le second âge d’or

Sous l’argument sexuel vient se glisser la conscience sociale. Le film le plus représentatif à cet égard est certainement Boatman (1984) de « Tikoy » Aguiluz IV, un film où les shows érotiques que doit effectuer un couple servent à mettre en lumière pauvreté, et violence répressive dans les dernières années du régime corrompu de Marcos.

Lino Brocka (Tubog sa ginto, Dipped in Gold, 1971), (Mananayaw, The Dancer, 1978), (Macho Dancer, 1989) s’impose comme le réalisateur le plus important. Son chef d’oeuvre est sans conteste Manila in The Claws of Light (1975), un film qui raconte la quête d’un jeune homosexuel cherchant son amant dans les rues de manille.

Citons également Mike de Leon (Itim, 1976), Ishmael Bernal (Manila By Night (1975) (Mister Mo, Lover Boy Ko 1974), Marilou Díaz-Abaya ( Brutal, 1980), Mel Chionglo (Sinner or Saint, 1984).

Dans tous ces films, c’est la pauvreté qui est le moteur de l’action des personnages, la dénonciation de la situation faite au peuple philippin est sans ambiguité.

Moins respectable, plus à la marge, Jose Gosienfago est aujourd’hui redécouvert. Celui qui avait débuté en adaptant des comics philippins (Zoom, zoom, superman, 1973), fonda le cinéma philippin contemporain en inventant les "pito-pito" (sept jours de tournage, sept jours de post-production). Son oeuvre la plus célèbre est Bomba star (1980), une oeuvre oeuvre de satire sociale à l’humour grinçant qui fit d’Alma Moreno une icône sexuelle aux Philippines, à travers un rôle décalé dans un contexte réaliste. De la même année nous retiendrons Katorse, une oeuvre certes kitchissime, mais prémonitoire où s’annonce l’exode rural et le futur du cinéma de Manille. Temptation island, un marivaudage sexuel particulièrement débridé, (1980 également), peut aussi retenir l’attention.

Cette façon qui consiste à cacher son propos derrière une façade de sexe continuera avec Jeffrey Jeturian dans Fetch A Pail of Water (1999), typique des films philippins à petit budget tournés en 21 jours, pré et post production incluses. Gina, issue des quartiers pauvres, laisse son riche employeur abuser d’elle. La compromission a gangréné la société entière.*

2000, le troisième âge d’or ?

Lauréat du prix du jury berlinois dans les années 70, Perfumed Nightmare, de Kidlat Tahimik, ouvrait la voie à une nouvelle génération de cinéastes. Grâce au soutien d’institutions étrangères (comme le Goethe Institut), le Mowelfund Film Institute (MFI), créé en 1979, ainsi qu’au département de cinéma de l’Université des Philippines, de nouveaux réalisateurs apparaissent, écrivent une nouvelle page de l’histoire du cinéma philippin, illustrée de films de Raymond Red, Roxlee et Nick Deocampo, toujours à la tête du MFI .

Le climat d’agitation du début des années 80, qui allait mener au soulèvement populaire de 1986, permet aux réalisateurs de sortir de leur isolement et du genre imposé « bomba » pour donner naissance à un important mouvement de cinéma alternatif. La contestation ne se cache plus.

A la fin des années 90 est créé le Festival International du Film Cinemanila dirigé par le cinéaste Tikoy Aguiluz. la production « indépendante » en vidéo numérique explose, sont créés des lieux alternatifs de diffusion, comme le Cinemalayà Film Festival du CCP qui fut lancé en 2005, le festival Pelikula at Lipunan (film et société), les festivals eKsperimento et .mov, et le récent Animahenasyon, le premier festival d’animation , ou encore Kontra Agos (contre-courant), un festival du film de résistance qui détourne conventions politiques et conventions cinématographiques populaires.

Raymond Red donne au pays sa première et unique Palme d’or, à Cannes, avec Anino (Ombres) en 2000. Un court de treize minutes flamboyant.

Les jeunes cinéastes s’engouffrent dans le monde du numérique, font voler en éclat les barrières de l’image, utilisent les possibilités ouvertes par leur ainés pour faire vite et (le plus souvent) bien. Ramon Mez de Guzman, Ato Bautista, Chito S Roño, Erik Matti, Laurice Guillen, Dante Nico Garcia, Raya Martin, Khavn De La Cruz, John Torres, Auraeus Solito, Mario O’Hara, Sherad Anthony Sanchez Jim Libiran composent une génération talentueuse, tumultueuse et variée, qui sans abandonner jamais le « socialement concerné », sait varier les formes et les genres , et donc le plaisir du spectateur. **

Sans oublier Lav Diaz, le père de cette génération, qui en quelques films dont Burger Boys (1999), Batang West Side (2002), Hesus rebolusyonaryo (2002) (Hesus the Revolutionary), Ebolusyon ng isang pamilyang pilipino (2004) (Evolution of a Filipino Family), a fait voler en éclat et la notion de durée et celle d’espace dans des films de grande qualité et originalité.

Il faut également citer Jeffrey Jeturian qui avec Bridal Shower (qui pourrait se traduire par enterrement de vie de jeune fille), signe en 2000 une comédie désopilante sur des femmes libérées qui cherchent un sens à leur vie et à leur relation avec les hommes. Il dissèque les valeurs philippines relatives au mariage, au sexe et à l’amour, tout en posant des questions fondamentales sur le véritable coût du bonheur. Un conte moral léger et rafraîchissant sur l’argent, l’amitié et l’engagement.

Lav Diaz est déjà le père de nouveaux talents, comme Auraeus Solito, et son Busong (destin). Le film nous introduit dans le sud de l’archipel philippin, sur les îles et auprès du peuple palawan, dont les légendes ancestrales fournissent au film la matière et la structure d’un récit riche.

Perle parmi les perles de cette génération, acteur de la scène indépendante philippine, Brillante Mendoza s’est imposé comme un chef de file, un cinéaste original avec lequel le « cinéma vérité », dont il se dit adepte, prend de nouvelles couleurs.

Brillante Mendoza filme le plus souvent des scènes du quotidien de Manille, en caméra portée, avec des acteurs non professionnels. Et réussit d’une caméra virtuose à saisir le quotidien en touches légères et graves à la fois, sas rien omettre tout en construisant une vision originale du monde. En cinq oeuvres : John John, Slingshot , Summer Heat , Le Masseur ,The Teacher , Serbis, il s’est imposé comme un cinéaste majeur.

De nombreux films philippins ont disparu du fait de l’habitude populaire de rouler des « trompettes de la fortune » avec de la pellicule***. Ce sont des trompettes de la renommée que roulent les jeunes cinéastes philippins du troisième âge d’or.


P.-S.

*Pour découvrir cette période du cinéma philippin, courez voir Pelikula (A Documentary On Philippine Cinema : 1897-1960) d’ Agustin Sotto.

** Mour découvrir cette génération de cinéastes, vous pouvez aller sur le site de Paris Cinéma. Le festival a permis à l’auteur de ces lignes de découvrir le cinéma philippin, vous trouverez des synopsis et des documents intéressants.

*** Le court métrage Rolyo d’Alvin B. Yapan, un écrivain philippin talentueux, illustre cette pratique.

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