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Theremin, an electronic odyssey

De Steven M. Martin, Etats-Unis, 1994. 1h34

dimanche 1er février 2015, par filparp

Les jeunes musiciens electro du Labo au Thérémine.

Quel est le point commun entre le débarquement des extra-terrestres, La maison du docteur Edwardes d’Hitchcock, The Lost Week-end (1945), It Came from Outher Space (1953), The Day the Earth Stood Still (1953), un nombre incalculable de films de fantômes (Ghostbusters), des compositeurs pointus comme Varèse, Martinu, Chostakovitch, Good Vibrations des Beach Boys, How to disappear completely de Radiohead, certains vibratos pleureurs de Portishead, Todd Rungren et les Daft Punk ?

La réponse tient en un mot, le thérémine, sans doute parmi tous les instruments au son familier celui dont le nom est le moins connu, alors même qu’il est le père -ou le grand-père aujourd’hui- de toute la musique électronique. Et qu’il se vend encore, relativement bien (au-delà de 400 euros quand même, mais existe en rose pour les filles...).

L’objet mérite donc bien une petite introduction.

Inventé en 1919 par un ingénieur russe, Lev Theremin, qui francisera son nom (il avait des ancêtres parisiens) en Léon Theremin, l’instrument est d’abord nommé ætherophone ou antenne chantante. C’ est un instrument mélodique, doué de deux octaves et demi à trois octaves selon les modèles. Il est composé de deux tiges, l’une se prolonge verticalement à partir du dessus de la base de l’instrument, l’autre se projette horizontalement sur le côté. Deux oscillateurs délivrent des hautes fréquences, trop élevées pour être audibles, dont l’une est constante et l’autre variable. L’interférence entre les deux fréquences produit toute une gamme de sons perceptibles.

Les oscillateurs ont depuis été remplacées par des transistors ( dans la version Moog, aujourd’hui la plus répandue). Les signaux électriques sont dirigés vers un amplificateur. Le champ électrique du corps humain, à proximité des antennes, détermine la fréquence et produit le son. La main gauche du musicien contrôle le volume, la main droite la hauteur de la note.

La grande particularité visuelle de la chose est que l’instrumentiste n’a pas de contact avec son instrument. Le contrôle de soi est obligatoire, et le joueur a au premier impact visuel un aspect assez surprenant, qui tient à la fois de Buster Keaton dans le Cameraman et du chef d’orchestre constipé.

Le timbre de l’instrument, sur lequel il est possible de jouer par l’intermédiaire de pédales, ne ressemble qu’à lui-même, ce qui fait d’ailleurs qu’il garde son actualité. Et toutes les tentatives pour le décrire, de la scie musicale en passant par la voix humaine pour aller vers les cordes électrisées ou les ondes Martenot sont vaines. Il est sans doute le seul instrument dont le timbre ne semble jamais appartenir au domaine du réel, ce qui en fait la profonde originalité.

Le documentaire Theremin, an electronic odyssey, réalisé en 1994 par Steven M. Martin (frère jumeau de Douglas Brian Martin, acteur de blockbusters) s’attache à cet instrument indissociable de la vie de Lev Sergueïevitch Termen, autrement dit Léon Thérémine, dont l’existence aurait en fait de quoi remplir une série télévisée de sept saisons de soixante-douze épisodes chacune. Et même un peu plus si l’on regarde les moins réussies.

Le thérémine, né juste après la Révolution russe, est présenté par son inventeur devant Lénine en 1922. Il joue "l’Alouette" de Mikhaïl Ivanovitch Glinka (1804-1857). Modernité, invention purement « soviétique », Lénine est conquis et assure de suite le succès matériel de l’instrument en en commandant un nombre important à l’usage de l’éducation musicale des jeunes écoliers.

En 1927, Léon Thérémine entreprend une tournée mondiale et donne des concerts en Europe et en Amérique du Nord. Il s’établit à New York, reçoit un accueil triomphal et conclut une entente avec RCA pour la commercialisation de son appareil. Le succès commercial n’est pas celui escompté, mais il touche un contrat de 100 000 dollars, considérable pour l’époque, dont une grande partie semble-t-il ira directement en Union Soviétique. Thérémine donne des cours, se produit en concert dans les plus grandes salles comme le Carnegie Hall. Invente le premier prototype d’une boîte à rythmes.

Il rencontre la violoniste professionnelle Clara Rockmore, qui deviendra la plus connue des interprètes du Theremin (parmi les autres interprètes : Lydia Kavina, Lucie Rosen, Dr. Sammuel J. Hoffman et Youssef Yancy).

Il met au point le « terpsitone » , une scène munie d’antennes. Des danseurs y évoluent, produisant la musique par les mouvements de leurs corps dans le champ électromagnétique, selon le même principe que celui du thérémine.

En 1932, il collabore avec la réalisatrice pionnière de l’avant-garde cinématographique américaine Mary Ellen Bute.

Il se marie en 1938 à une jeune danseuse de ballet noire, ses sponsors et financiers le lâchent, un tel mariage ne peut alors être considéré comme « convenable ».

La même année, l’ingénieur disparaît dans des circonstances mystérieuses. Sa mort est officiellement annoncée. Les recherches de son épouse et de ses amis restent sans succès, il est progressivement oublié. Plusieurs versions divergent sur cette période. Selon certains il a été enlevé par des agents de la police secrète stalinienne, selon Glinsky, auteur d’une biographie de l’inventeur, les problèmes financiers et le mal du pays suffisent à expliquer son retour.

Un retour qui s’effectue en pleine période des purges staliniennes, accusé d’être contre-révolutionnaire il en prend pour huit ans. Il est d’abord interné dans un camp sibérien, avant qu’on lui fasse intégrer une charachka, un laboratoire surveillé par la police secrète. Il y travaille sur des sujets de recherche en électronique comme des appareils d’espionnage ou des brouilleurs de communications destinés à être utilisés dans les ambassades étrangères. Theremin est libéré en 1947 mais continue à travailler pour le système de sécurité soviétique en tant qu’homme libre. Puis retourne à Moscou enseigner l’instrument qu’il a découvert.

Après la guerre, le thérémine connaît une deuxième vogue à Hollywood quand Robert Moog s’en inspire pour inventer le synthétiseur.

Quand Steven M. Martin décide de tourner un documentaire sur le thérémine, il rencontre Clara Rockmore. Faisant des recherches sur sa disparition, ils se rendent en URSS où ils découvrent que Léon Theremine est toujours vivant. Dans une interview, l’inventeur évoque pour la première fois sa disparition.

En 1990, profitant de la « perestroïka » et de la « glasnost », le cinéaste organise son déplacement aux États-Unis où il sera honoré à New-York, puis ira assister à un concert de thérémine à l’Université Stanford avant de retourner en Russie. Il décèdera à Moscou deux ans plus tard, en 1993, à 97 ans.

Une vie qui vaut bien d’aller voir cet excellent documentaire, Prix du documentaire au Festival de Sundance, qui suit le parcours hors du commun de cet homme passé du statut de modèle de l’Avant garde soviétique aux feux de la rampe du Carnegie Hall, avant d’être envoyé au Goulag pour réapparaître au final au premier plan de la scène...

Pour le réaliser ce documentaire-thriller, Steve M. Martin, qui fit deux fois l’acteur dans La famille Addams (mais on s’en fout), a ramené à quatre-vingt quinze ans Léon Thérémine aux Etats-Unis, et le fait dialoguer avec des amis qu’il n’a pas revu depuis cinquante ans, en alternance avec des documents d’archive.

L’ensemble est passionnant, et ne croyez pas que ce modeste article déflore le sujet, il ne fait que l’effleurer ...

Tous au Concorde le cinq février à 19 h !

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