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La loi du marché

De Stéphane Brizé, France, 2015. 1h33.

jeudi 6 août 2015, par filparp

La loi du marché s’érige en deux constats :

Premier constat : il faut faire bouillir la marmite

Après 20 mois de chômage Thierry constate à 51 ans qu’il ne peut s’en remettre à quiconque, ni au conseiller Pôle emploi, ni à ses anciens collègues syndiqués qui lui tiennent des discours justes. Mais ne lui sont d’aucun secours.

Pour sortir de la précarité, pour faire vivre sa famille et son fils handicapé, il accepte un emploi de vigile dans un centre commercial, un job dont personne ne veut, et où il faut surveiller autant les autres employés que les clients. "Interpeller" des gens qui volent parce qu’ils ont faim. Ne plus se regarder dans la glace comme un « brave type » pour survivre dans la jungle chauffée aux néons et à l’hypocrisie.

Deuxième constat : la France a mal au travail.

La chose est connue, et Thierry pourrait ressembler à un personnage des frères Dardenne. Mais Stéphane Brizé filme sec et dru, sans paupérisme et sans pathos, sans militantisme mis en avant, sans effets de manche. Il adopte en permanence le plan moyen, proche du personnage mais pas trop, avec juste cette distance qui permet le recul et l’analyse.

Le travail peut être pire que son absence nommée chomage, la solidarité ouvrière peut se muer en haine de l’autre, et un mec ordinaire peut devenir complice des plans des patrons. Le discours est suffisamment vaste, et le film aurait gagné à se dispenser des séquences familiales, qui n’apportent rien.

Le film doit beaucoup à Vincent Lindon, sans doute le meilleur acteur français du moment. Meilleur encore que dans Welcome. Entouré d’amateurs qui résonnent à l’écran comme de « vrais gens », il réussit à faire montre de plus de spontanéité qu’eux, et son prix d’interprétation est amplement mérité. Mais doit aussi beaucoup à la façon dont on le laisse être lui-même, et aussi à ce look fabuleusement réussi de « celui-qui-veut-l’emploi-de-vigile-se-fait-la-tête-de-l’emploi-mais-ne-l’a-quand-même-pas ». "

J’essaye de me remettre dans un inconfort, comme si c’était la première fois que je faisais un film (...) pour être de nouveau le plus vierge possible », précise-V. Lindon. « Je tiens énormément à ce film, à ce personnage." Et à l’écran, cela ce voit.

La loi du marché est un film qui prouve de réels talents d’observation, et met à nu la France d’aujourd’hui, ses lâchetés, sa mesquinerie, et la façon dont notre société consumériste broie l’individu aussi facilement que la moulinette, beaucoup plus burlesque, de Jean-Christophe Averty.

Un film juste, et justifié.

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