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La Chasse

De Carlos Saura, Espagne, 1965. 1h33

vendredi 6 novembre 2015, par filparp

De Carlos Saura, on connaît surtout en France les films des années 70, dont le fameux Cria Cuervos. Il fut cependant l’un des premiers a dénoncer le franquisme à travers ses films, et cette Chasse de 1965 mérite mieux qu’un accessit, et est la première grande réalisation du cinéaste.

Trois amis ou supposés être tels, José, Paco et Luis, se retrouvent sur la propriété du premier, garenne inondée de soleil, à végétation rase, pour une partie de chasse au lapin. Juan, le vieux paysan estropié qui peine à nourrir sa mère malade, Carmen sa fille, et Enrique, jeune bourgeois d’un vingtaine d’années, les accompagnent.

Les trois personnages centraux ont des arrière-pensées, des haines héritées de leur histoire commune au cours de leur combat contre les républicains, des mesquineries de réserve. Imbus d’eux même, dépourvus d’idéaux, machistes militants, ivrognes, ils vont faire dégénérer cette banale et pleutre partie de chasse au lapin en un carnage répugnant.

Le domaine a été le lieu d’une bataille durant le guerre civile, on y retrouve dès avant les scènes finales des cadavres prémonitoires, et l’éclairage de Saura nous révèle la sueur qui perle, les moustaches humides, les peaux vieillies aussi bien que ne fait aujourd’hui Nuri Bilge Ceylan...

Le message est clair, nos trois bourgeois ne sont que le concentré de la bourgeoisie franquiste, veule, immorale et égoïste.

Peu de plans larges, d’incessantes contre-plongées et plongées, la caméra fuit les lignes d’horizon pour, malgré l’espace environnant, emmurer les personnages dans un étouffant huis-clos d’extérieur.

Carlos Saura expose déjà ici les thèmes caractéristiques de son œuvre, l’insolence érotique de la jeunesse pour la danse de Carmen sur fond de musique pop, qui annonce Cria Cuervos. Et aussi sa haine de la mise à mort cruelle des animaux que l’on retrouvera dans la corrida à la vachette de Los Golfos. Et également la pauvreté d’une paysannerie opprimée à travers le personnage de Juan, qui évoque le cinéma de Bunuel.

Une œuvre forte, paroxystique qui fait froid dans le dos en évoquant le fascisme comme une jouissance de l’humiliation qui finit par détruire ses tenants eux-même.

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