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Les filles au Moyen-Âge

D’hubert Viel, France, 2016. 1h28

dimanche 31 janvier 2016, par filparp

On l’avait apprécié avec un court métrage très original, Artémis, cœur d’artichaut, en 2013. Il y orchestrait une rencontre entre la mythologie et le temps présent, avec une Artémis babysitter apprenant le tir à l’arc et la pêche pendant ses vacations.

Il nous revient avec un film qui vient chahuter nos représentations d’une période pour beaucoup encore obscure. Et qui malgré les travaux de Georges Duby et de ses successeurs relève dans les discours contemporains de la mythologie orientée. En témoigne le retour au vase de Soissons de Clovis pour parler des origines chrétiennes de la France, malgré ce que l’on sait aujourd’hui du chef aryen et romanisé Clovis. Un mythe joliment revisité par le film.

Pour vouloir faire œuvre d ’histoire,Les filles au Moyen-Âge n’en adopte pas moins une esthétique conforme à nos représentations, charme des livres d’histoire à l’ancienne et de leur iconographie recherchée et simpliste à la fois.

La trame narrative s’organise autour du récit d’un vieil érudit, magnifiquement interprété par Michael Lonsdale, qui enfile le costume de ce vieux malicieux réactionnaire et mélancolique avec tout l’immense talent qui est le sien.

Par son truchement, des filles et des garçons du monde contemporain se retrouvent plongés en plein Moyen Âge, dans la peau d’amants courtois (Agnès Sorel et Charles VII), de Jeanne d’Arc ou du christ. Mais bien que tourné avec des enfants, le film s’adresse clairement à un public adulte.

Le plus surprenant pour ceux qui ne sont pas initiés aux travaux contemporains sur la période, c’est le propos qui affirme la place des femmes dans la société médiévale, un peu comme le faisait « La femme au temps des cathédrales de Régine Pernoud ». L’affirmation de la défense des putains, du rôle féminin dans des fermes auto-suffisantes et autogérées. Et du rôle premier de la femme à la période de La Princesse de Clèves. Ni sorcière, ni pute, ni princesse ni soumise (dans la majorité des cas !)...

Le propos n’est jamais ennuyeux et pédant, pas de réalisme plat, ce sont le conte et le burlesque qui conduisent le fil du récit.

On songe énormément aux Mille et une nuits de Gomes, un peu à Rohmer, aux Oiseaux petits et gros de Pasolini, aux Onze Fioretti de François d’Asssise de Rossellini. Et surtout le film réussit sans pédanterie aucune à amplifier la réflexion sur la croyance en une ligne continue du progrès, que l’agressivité cruelle du capitalisme contemporain vient chaque jour démentir. En montrant que les filles au Moyen-Âge étaient plus libérées que nombre de nos contemporaines à travers le monde, le film, outre le fait de nous charmer par son caractère de fable drôle et enchantée, est un bel objet de réflexion.

Le pire était à craindre de la part d’un des membres d’un nouveau cinéma français qui semblait atteint de jeunisme, incapable de passer à l’âge adulte, et souvent maniériste (Vernier, Viel, Héléna Klotz). Le film est au contraire mature, maîtrisé dans sa forme légère, et subtilement ancré dans la tradition du conte.

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