Accueil > Actualité cinématographique > The Revenant

The Revenant

Alejandro Innaritu, USA, 2016, 2h36

lundi 29 février 2016, par Cassie Blundetto

Alors que Birdman, précédent long-métrage du réalisateur, a récemment reçu le César du meilleur film étranger, paraît sur nos écrans le dernier film de Alejandro Innaritu, auteur mexicain connu et reconnu depuis Amour Chiennes.

Adaptation du roman du même titre de Mickael Punke, paru en France en 2002, le récit serait inspiré d’une histoire vraie, même si beaucoup de versions ont eu cours. En tout état de cause, il est attesté par tous ceux qui ont eu à écrire sur le sujet qu’en 1823, un trappeur, Hugh Glass, a été attaqué par un grizzly puis laissé pour mort par deux de ses compagnons. En dépit de ses multiples blessures et malgré les conditions de survie dans des montages enneigées, Hugh Glass survit et va chercher à se venger.

Un temps proposé à Park Chan-Wook, c’est finalement Innaritu qui porte à l’écran The Revenant , qui lui vaut à nouveau de recevoir l’Oscar du meilleur réalisateur 2016. Le réalisateur mexicain nous propose une immersion intense et intransigeante dans la lutte de cet homme contre les éléments déchaînés (la neige, le vent, l’eau), la lutte avec les indiens, et, encore plus vil que les tempêtes, l’homme, véritable loup pour l’homme.

Outre l’aspect très fort de ce combat pour la survie, magnifiquement rendu par une mise en scène caméra à l’épaule et des plans à hauteur d’homme, le propos d’Innaritu est en effet le suivant : si l’on peut se remettre d’une attaque de grizzly, on ne se relève pas de la trahison de son prochain, et c’est l’idée de conscience qui est dès lors présente. Le mal fait homme est incarné par Tom Hardy (Mad Max, Batman, Peaky Blinders), ou Fitzgerald, trappeur mû par sa cupidité, qui ne va pas hésiter à abandonner Hugh Glass à son triste sort après avoir pourtant accepté de veiller sur lui jusqu’à son dernier soupir, contre monnaie sonnante et trébuchante. Jusqu’au bout de l’affrontement, le personnage montrera, jusqu’à la caricature, l’abjection la plus totale.

En contrepartie, et de façon peut-être légèrement appuyée là aussi, émergent deux rôles caractérisés par la bonté : le capitaine de la troupe, et un jeune homme qui aurait souhaité continuer à s’occuper de Hugh Glass, et qui est rongé par la culpabilité après avoir laissé ce dernier après que Fitzgerald lui a fait croire qu’ils étaient attaqués.

Comme si, vu le contexte, vu les éléments déchaînés et la lutte avec les indiens, on ne pouvait être dans le demi-ton en termes de caractère. Et pourtant, Hugh Glass est quant à lui le seul personnage peut-être à proposer un visage plus nuancé. Marié à une indienne de qui il a eu un fils, n’ayant pas hésiter à tuer un blanc pour protéger ce dernier, il présente certaines ambivalences, et sa mixité assumée fait qu’il est tout à la fois rejeté et adoubé par les blancs et les indiens. à ce sujet, le film présente des aspects intéressants sur le thème de la lutte entre les blancs, français ou américains, et les indiens de différentes tribus.

Le propos philosophique est évidemment extrêmement bien servi par le jeu de Léonardo Di Caprio, qui n’a pas volé son Oscar du meilleur acteur masculin. Tout a été dit ou presque sur cet homme, et c’est avec une pensée émue que j’ai pu voir Hugh comme le Jack de Titanic qui aurait cette fois-ci survécu à l’hypothermie. Il compose un Hugh Glass d’une intransigeance et d’une force mentale capables de le faire survivre aux éléments déchaînés et à l’inhumanité de son camarade.

Le film est en outre un grand spectacle, avec de très beaux jeux sur les contrastes entre la blancheur de la neige et le rouge du sang. Certaines scènes sont d’une grande violence, et l’attaque par l’ours est une expérience pour un public non averti. Mais le tout est servi par une bande-son tout à fait appréciable, permettant de rentrer encore davantage dans l’image et de ressentir pleinement la souffrance physique de ces hommes et la blessure intime de ce trappeur.

Un film à voir, tant pour l’expérience extrême que le propos.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.