Accueil > Actualité cinématographique > Les Innocentes

Les Innocentes

Anne Fontaine, France, 2016, 1H55

samedi 12 mars 2016, par Cassie Blundetto

Succès surprise de ce début d’année, au point de voir le Concorde afficher complet lors de certaines séances, Les Innocentes signe l’incursion d’Anne Fontaine dans le drame historique, après plusieurs comédies plutôt légères durant cette dernière décennie (La Fille de Monaco, Mon pire Cauchemar, Coco avant Chanel, Gemma Bovary...).

Adaptation d’un fait réel, le film invite à découvrir un épisode peu connu et terrifiant de l’histoire polonaise. En 1945, une jeune interne en médecine de la Croix Rouge, alors en mission en Pologne "sauvée" des nazis par les bolchéviques, est appelée à l’aide par une religieuse polonaise. D’abord réticente, elle se rend au couvent où elle constate que plusieurs des sœurs, Bénédictines, sont tombées enceintes suite à des viols répétés par les soldats soviétiques ayant occupé le pays.

Se noue une relation complexe mais intense entre ces religieuses ayant fait vœu de chasteté et pourtant en voie de devenir mères malgré elle, pensant que Dieu plutôt que la médecine des hommes les sauverait, et cette jeune femme athée et rationaliste.

A la violence des viols s’ajoutent dès lors les conflits moraux auxquels sont soumis ces religieuses, coupables selon elles d’avoir été agressées, coupables, pour certaines, d’avoir quand même envie de donner la vie, et coupables de s’attacher à cette intruse qui les ausculte alors même que la Mère Supérieure voit cela d’un très mauvais œil. Le personnage de cette dernière est également un paradoxe vivant : elle-même agressée et censée veiller sur son prochain, elle préfère étouffer le scandale d’une manière radicale pour éviter que l’on découvre que les sœurs ne respectent pas leurs vœux, et que dès lors le couvent soit fermé.

Tourné en Pologne, et en langue polonaise, le film possède de grandes vertus didactiques sur une période méconnue, et permet une relecture des bienfaits supposés de la "délivrance" de la Pologne par l’Armée Rouge. La cohérence historique semble avoir été priviligiée sur l’aspect purement médical, tant les accouchements par l’interne semblent être simples...

Lou de Laâge réussit une performance intéressante, en dépît de certains passages où son jeu n’est pas de la plus grande justesse. Elle forme un binôme cocasse avec Vincent Macaigne, qui réussit à faire du Macaigne même dans un film polonais traitant de viols en réunion. On lui doit d’ailleurs la seule réplique comique du film, quand lui, cet homme juif, doit aider à accoucher des sœurs catholiques violées par des communistes.

Ce sont finalement les actrices polonaises qui offrent les compositions les plus justes, et émouvantes.

Un genre dans lequel il est donc plaisant de voir Anne Fontaine, même si le film peut paraître un peu trop manichéen et pédagogique, sans la touche d’originalité qu’on peut reconnaître à cette réalisatrice.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.