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Saint-Amour

De benoît Delépine et Bruno Kervern, France, 2016. 1h42

dimanche 20 mars 2016, par filparp

Le duo Delépine-Kervern aime prendre son public à contrepied, ne s’imposer aucune règle. Leur nouveau film, Saint-Amour, ne déroge pas avec cette tradition de la surprise et du changement de forme.

Jean et son fils Bruno ont fait l’annuel pèlerinage rural à Paris au Salon de l’Agriculture pour y présenter leurs bêtes. Tels ceux qui, vallée de la mort, lors des Foire-expositions, exploraient les vins vendéens et de proximité en cinquante mètres de buvettes sur deux côtés, Bruno, l’intenable Poolevorde, décide de faire la carte des vins de France à l’intérieur du Parc des expositions de la Porte de Versailles.

Le périple s’effectue d’abord de stand en stand, et pour jouer au chasse-spleen les deux ruraux se rincent le gosier en d’interminables libations païennes.

Drame du monde rural, Jean a avant tout peur que le fils ne reprenne pas l’exploitation, ne trouve pas femme, bref devienne un poivrot urbain ordinaire. Prenant le taureau par les cornes, ou plutôt son fils par ses beuveries, Jean décide que la route des vins, vignoble par vignoble, serait peut-être une bonne façon de renouer le contact avec le rejeton instable.

Voilà donc nos deux lascars faisant goguette en taxi (Mike, le très bon Vincent Lacoste), moderne maréchaussée oblige, avec pour seule occupation de faire monter le taux l’alcoolémie. La beauferie comme sac de voyage, ils lèvent le coude avec une férocité rabelaisienne.

Le portrait d’une certaine France que dressent Delépine et Kervern, et dont ils ne s’excluent pas, fait certes parfois peine à voir (parce qu’elle n’est que trop juste), et l’on pourra reprocher au film la faiblesse d’un scenario qui ne pèse pas beaucoup plus que huit degrés cinq, ce qui est cependant le lot de tous les road-movies...

Film à sketches dévolu au tandem Depardieu-Poelvoorde, agrémenté d’un peu de Michel Houellebecq pour l’arôme boisé, le film reprend le cinéma de Delépine et Kervern là où ils l’avaient laissé avant Near Death Experience.

Ils reflètent la société française cul-sec ; ubérisation, amours numériques, indécence commerciale, mauvaise piquette politique, précarisations sociales, sentimentales et professionnelles. Et ils le font avec ce qui constitue le bouquet et le nez de leur talent , une vision bienveillante pour les déclassés et les laissés pour compte.

Le salon de l’agriculture n’est ici qu’une métaphore, pour y vendre il faut donner à voir des costumes folkloriques, du faux terroir, la représentation réactionnaire que requiert la société du spectacle. Il y a du Debord dans ce film de pochtrons.

La toute fin par contre laisse sur sa soif. En reproduisant eux-même ce qu’ils dénoncent, en plaçant Depardieu comme une image de Millet au milieux de ses bêtes, nos deux réalisateurs tombent dans une représentation iconique qui ne correspond pas avec le reste du film.

Cependant, dans une France désormais atteinte d’une gueule de bois permanente, et malgré cette fin en bouche un peu décevante, le film reste charpenté, avec un volume et une ossature très agréables.

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