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Quand la chair succombe

France/Italie - 1962 - 1 h 55 mn - Réalisation : Mauro Bolognini Interprétation : Anthony Franciosa, Claudia Cardinale, Betsy Blair

mardi 1er novembre 2016, par filparp

Emilio Brentani, modeste employé de bureau, incarné à merveille par Anthony Franciosa, semble comme habité par la grisaille d’une Trieste pluvieuse que l’été a abandonnée. La trentaine passée, l’existence vide, il écrit pour meubler sa vie et se créer un univers intérieur digne d’intérêt, loin des moqueries qu’il subit au bureau. Il partage cette existence d’ennui avec sa sœur. Celle-ci est amoureuse en secret de son seul ami, le sculpteur Stefano, émancipé, libre et extraverti.

Il rencontre Angiolina, dont la beauté le bouleverse. Bien qu’amoureux d’elle, Emilio, veule et peu désireux de bouleverser quoique ce soit à l’ordre du monde comme à l’ordre de sa vie, lui donne rendez-vous sur rendez-vous sans rien entreprendre pour véritablement vivre avec elle, qui vit chez sa mère dans des condition misérables.

Bolognini semble avoir trempé sa pellicule dans les eaux de Trieste, celle du port comme celles des canaux ou de la pluie, et livre des plans sombres où les flux de lumière ne marquent que de rares instants d’espoir. La trame romanesque du livre d’Italo Svevo, Senilita, le titre italien du film, un roman que James Joyce avait apprécié au point d’en connaître de longs passages par cœur°, fournit à Bolognini une trame romantique et belle, l’occasion de superbes dialogues. Quand la chair succombe éclaire de lueurs de nuit le visage de Claudia Cardinale, dont il ne dévoile la beauté que de vagues de gris en vagues de gris.

Lumières sur le pavé des quais, ombres plus importantes que les objets qui les font naître, bande son décalée, le film est un opéra littéraire, une œuvre accomplie, une fresque de deux heures sans rien qui pèse ou qui soit superflu. On sort de la projection avec l’impression d’avoir lu un livre autant que le sentiment d’avoir vu un grand film, ce qui est chose rare et précieuse.


° James Joyce a été le professeur d’anglais d’Italo Svevo à Trieste, alors sous la domination austro-hongroise

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