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Poesía Sin Fin

Chili, France - 2015 Réalisation : Alejandro Jodorowsky Interprétation : Adan Jodorowsky (Alejandro Jodorowsky adulte), (Brontis Jodorowsky (le père d’Alejandro), Pamela Flores (la mère d’Alejandro / Stella Diaz

jeudi 3 novembre 2016, par filparp

Mesdames et messieurs
Je vais poser une seule question
Sommes-nous les enfants du soleil ou de la terre ?
Car si nous sommes seulement de la terre
Je ne vois pas pourquoi
Nous continuons de tourner le film :
Je demande qu’on lève
l’assemblée

Nicanor Parra

Enfant du ciel Alejandro Jodorowsky l’est devenu par sa volonté d’embrasser le monde par la poésie, d’affirmer« Soy Poeta », de devenir un papillon brûlant de lumière.

Enfant de poésie, Alejandro Jodorowsky ne s’est pas placé du côté de la poésie officielle, celle de Neruda. Trublion, il a pour amis dans le Chili des années 40 Nicanor Parra, 102 ans aujourd’hui, et Enrique Lihn, ceux-là qui fondèrent le mouvement connu sous le nom d’antipoésie.

Comme dans un miroir de ce mouvement qui voulait restituer la poésie à l’espace réel, Jodorowsky, lui, insuffle de l’imaginaire dans le cinéma.

Poesía Sin Fin maintient le dispositif qui nous avait déjà enchanté dans La Danza de la Realidad . Il continue le propos autobiographique de l’adolescence à ses 24 ans et au départ pour la France. Les interprètes sont majoritairement la propre famille du réalisateur et au premier chef ses deux fils (Adan Jodorowsky, tout à fait remarquable dans le rôle de son père adulte, Brontis Jodorowsky dans celui de son grand-père) auquel s’adjoint son neveu (dans le rôle du protagoniste enfant).

Plus encore que dans le premier opus, l’oeuvre peut se regarder comme une psychanalyse familiale, composée selon le précepte jodorowskien :« un art qui ne sert pas à guérir, ce n’est pas un art ». A cet égard, la scène de séparation entre le père et le fils sur la jetée du départ, où le réalisateur vient conseiller celui qu’il fut, outre le fait d’être une des plus belles scènes de cinéma qui soit, est particulièrement exemplaire.

Mais le spectateur aussi trouve là remède, non pas par l’habituelle mièvrerie des film tire-larmes ou le rire épais, mais bien par la contagion de l’ immense empathie pour l’espèce humaine, de la profonde générosité, de la poésie subtile qui imprègnent Poesía Sin Fin.

L’immersion dans l’imaginaire issu de l’histoire personnelle du réalisateur se fait dans l’artifice. Le réalisateur semble totalement avoir fait sienne la pensée de Baudelaire : « Je désire être ramené vers les dioramas dont la magie brutale et énorme sait m’imposer une utile illusion. Je préfère contempler quelques décors de théâtre, où je trouve artistement exprimés et tragiquement concentrés mes rêves les plus chers : Ces choses, parce qu’elles sont fausses, sont infiniment plus près du vrai ; tandis que la plupart de nos paysagistes sont des menteurs, justement parce qu’ils ont négligé de mentir ».

Zombies bougeant les décors, servant les verres et accomplissant le utilités de service, parents recouverts de vraie poussière pour évoquer leur présent figé, la trame factuelle, minimale, est vite recouverte d’un bouillonnement permanent de trouvailles extraordinaires, toutes plus réjouissantes les unes que les autres, et qui font sens. Elles ont pour principe parce qu’elles ajoutent à la réalité pour pour mieux la décrire. Le surréalisme que Jodorowsky abandonna en 1962 est ici remplacé par une sur-réalité d’une dimension plastique et filmique considérable.

Différent sur la forme et le fond, le film l’est aussi par son financement puisqu’il a été produit par le crowdfunding.

Poésie sans fin est la plus belle réponse du XXIème siècle au cinéma industriel. Un film d’une force émotionnelle prodigieuse, servi par une inventivité sans pareille, et qui mérite bien que l’on laisse le mot de la fin de cet article à Alejandro Jodorowsky lui même : "Les oiseaux qui sont nés dans des cages croient que le vol est une maladie."

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