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Le Ruisseau, le Pré vert et le Doux Visage

De Yousry Nasrallah, Egypte, 2016. 1h55

dimanche 25 décembre 2016, par filparp

"J’aimerais être dans une forme de paillardise très française, renoirienne peut-être, où la nourriture et l’amour sont omniprésents."
"Un peuple qui ne sait pas jouir, aimer la beauté et baiser n’est pas un peuple".

Yousry Nasrallah

A la fois film choral et fresque sociale, Le Ruisseau, le Pré vert et le Doux Visage prend prétexte d’un mariage pour exposer sa virtuosité de chronique sociale subversive.

L’orient est de retour

Quatre ans après le très explicitement politique Après la bataille, Yousry Nasrallah nous revient avec un opus qui ne l’est pas moins, mais qui affirme soif de liberté et identité laïque à travers une fresque en forme de comédie. Musicale, tonique, presque paillarde parfois, cette chronique d’un mariage rural suinte l’orient des Mille et nuits, la littérature érotique arabe de Tifachi à al-Toussi et al-Suyuti en passant par al-Nafzaoui, al-Tijani et bien d’autres, les comédies musicales qui firent la réputation du cinéma égyptien.

Sur une idée de l’acteur Bassem Samra (qui appartient à une famille de cuisiniers), Yousry Nasrallah revient au plus proche des réalités, et pour évoquer la culture égyptienne commence par la cuisine. Les plats généreux, le savoir-faire s’associent en cuisine aux idylles qui se nouent et les plaisirs de la chair sont à prendre taille XXL, à l’image des corps plantureux et sensuels des danseuses. La dégustation des plats est une mécanique aussi compliquée que celle de la formation des couples, conventions sociales et traditions ayant pour les deux leur rôle.

Ainsi bien sûr que la hiérarchie des classes sociales, le tout sur fond de magouilles politiques et de corruption.

L’ombre portée de Chahine

Outre Renoir, on sent bien entendu la relation forte du cinéma de Yousry Nasrallah avec celui dont il fut l’assistant et le co-scénariste : Youssef Chahine. Culture de la tolérance, importance du corps en mouvement à l’écran, la libération de la scène finale, la défaite du potentat local ne sont possible que grâce aux forces centrifuges, à la formidable énergie qui irrigue l’ensemble du film.

A l’heure où les discours dominants oublient toute la dimension festive et érotique de l’orient, le film sonne comme un utile rappel du désir de laïcité et de la soif de liberté qui animent l’immense majorité du peuple égyptien. Un hymne épicurien, libertaire et gai à la gloire du vivre ensemble qui est aussi un très riche moment de cinéma.

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