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Calle 54

De Fernando Trueba , Espagne, 2000. 105 minutes

dimanche 29 octobre 2017, par filparp


« Nous qui faisons des films, nous cherchons toujours à faire naître des sensations, à communiquer des états de l’âme. Nous sommes des chasseurs de sentiments comme le sont les auteurs littéraires et de fiction. L’ironie est que, lorsque parfois nous y parvenons, cela vienne presque toujours de choses qui en partie nous échappent, mais qui participent à la magie du cinéma.

Cette recherche constante de l’émotion, c’est l’essence propre du jazz. La seule des musiques totalement ouverte à l’improvisation. C’est une musique où à la fois ceux qui la font et ceux qui l’écoutent, attendent « que le miracle arrive », comme dans la chanson de Léonard Cohen. L’enjeu de ce film pour moi, mais aussi la raison de cette aventure et de mon enthousiasme, c’était justement d’être là, avec mes caméras, à attendre ce moment. Et de me situer en tant que réalisateur sur un territoire parallèle à celui de la musique que je filmais, ouvert et prêt à en saisir toutes les grâces. »

On ne saurait mieux évoquer le travail de ce film. Chaque plan y est musical, la caméra traque la musique en train de se faire, ne cède pas à la facilité de montrer les danseurs de flamenco de Chano Dominguez, il ne les filme qu’en tant que percussions au service de la musique, se centrant sur les pieds et leur intégration au festin musical. La caméra de Fernando Trueba suit chaque mouvement, cherche l’ expression des visages, restitue la force de cette musique festive qu’est le jazz latino.

Nous ne sommes pas chez Wenders, il n’est pas question ici du portrait de personnages, mais bien de la musique elle-même, et de la jubilation de ceux qui la jouent. Comment ne pas être ému du bonheur de Tito Puente exprimant de chaque parcelle de son visage le déferlement des émotions que lui procure sa musique peu de temps avant sa mort ? Et comment ne pas être frappé de stupeur musicale quand un père et un fils séparés depuis des dizaines d’années se prouvent leur amour en un incroyable dialogue au piano ? Ce moment entre Bebo Valdés et Chucho Valdés est un pur instant de musique et de grâce, et vient juste avant que Jerry González ne récite le générique de fin sur la musique de son groupe.

Documentaire, film musical, Calle 54, du nom de la rue de New-York où il a en partie été tourné, est à la hauteur de l’amour inconditionnel de son auteur pour le latin jazz. Et déjà, hélas, un indispensable document d’histoire.

Groupes et musiciens du film : Gato Barbieri
Cachao
Michel Camilo
Paquito D’Rivera
Chano Domínguez
Eliane Elias
Chico O’Farrill
Tito Puente
Bebo Valdés
Chucho Valdés
Carlos ’Patato’ Valdés
Jerry González
Orlando ’Puntilla’ Ríos

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