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Dede

De Mariam Khatchvani, Géorgie, 86 ’. 2017

dimanche 29 octobre 2017, par filparp

Vous cherchez un lieu ou le bonheur est rare ? Un endroit où le climat est froid et humide ? Une région où la musique n’est représentée que par des polyphonies masculines beaucoup moins mélodieuses que celles des montagnes corses ? Une contrée où les droits des femmes soient moins présents qu’en Arabie Saoudite ? Choisissez la Svanétie de 1992, et vous ne serez pas déçus. Le pays est certes aujourd’hui fort touristique, et l’orpaillage pratiqué par les bergers avec leurs peaux de moutons a inspiré la Toison d’Or, mythe grec connu. Mais il ne faut pas se fier aux apparences...

Mariam Khatchvani nous livre avec Dede une fiction dramatique, et il faut croire qu’elle contient quelque part de dérangeante vérité, puisque les acteurs du film furent incarcérés quelques mois par les très corrompues autorités locales. Voyons l’histoire.

David et Gegi reviennent de la guerre. Gegi a sauvé la vie de David, alors il est invité au mariage de culte orthodoxe entre David et Dina. Mais il ignore que Dina aime en secret Gegi. Au point que la jeune fille annonce à sa famille qu’elle ne consent plus au mariage arrangé, une catastrophe pour l’honneur de la famille.

David propose une partie de chasse pour régler le différend, son suicide semble régler l’affaire. Gegi emmène Dina dans son village, et l’histoire s’interrompt pour reprendre cinq ans après, alors qu’ils ont désormais un fils.

Mais la rancune est tenace dans les montagnes, et Gegi se fait liquider par le clan de David. Un certain Girseli, le genre d’ami d’enfance que personne n’aimerait avoir, amoureux de Dina depuis toujours, kidnappe Dina. Le père de Gegi, lui crie à son tour vengeance car il ne veut pas que son petit fils quitte son giron...

Le récit développe plusieurs trames, qui toutes enfoncent très fort le clou du drame et de la cruauté.

La réalisatrice a tourné son film dans le dialecte local, le svane, que ne parlent que 10 000 personnes. L’esthétique très crue, la plastique d’une image inféodée à la beauté des décors, les tours de guet médiévales "koshki" à l’architecture unique, qui surgissent au-dessus des habitations et dominent la ville, la très haute montagne alentour assureront à Dede (“maman” en svane) le succès dans les festivals.

Le style comme l’intrigue sont par trop appuyés, mais on attribuera le fait, compte-tenu de la jeunesse de la réalisatrice et de son talent prometteur, sur la volonté de dénoncer avec force des coutumes odieuses impliquant la soumission de la femme. Et la nécessité de lutter contre une domination mâle imbécile concernant même les progénitures.

Et puis, les cinéphiles n’avaient guère entendu parler de la région depuis Le Sel de Svanétie, film documentaire soviétique réalisé par Mikhaïl Kalatozov et sorti en 1930... Réjouissons-nous donc de voir une femme, pour son premier long-métrage, venir nous parler de façon différente de cette région devenue à la mode.

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