Accueil > Actualité cinématographique > La Villa : affectivité et politique, les tourments fascinants de (...)

La Villa : affectivité et politique, les tourments fascinants de Guédiguian

La Villa, de Robert Gueiguian, 2017. 107’

samedi 2 décembre 2017, par Yvon Quiniou

Le dernier film de Guédiguian, La Villa, est comme le parachèvement de l’inspiration qui anime son œuvre. Réunis à l’occasion de la mort proche de leur père, deux frères et une sœur, se retrouvent au sein d’une calanque, dans le hameau où ils avaient vécu enfants et tout près de l’Estaque où Guédiguian a situé plusieurs de ses films – ce qui lui permet de jouer délibérément sur des réminiscences personnelles, d’homme et de cinéaste. Cette rencontre, à laquelle s’associe celle d’amis d’autrefois, est d’abord l’occasion d’éprouver à nouveau les sentiments anciens qui les unissait, à quoi s’ajoute l’émotion des retrouvailles après le temps qui a passé et la séparation, parfois douloureuse, que la vie avait produite… comme c’est le cas pour la sœur qui avait fui son milieu familial en raison d’un désaccord avec son père, pour se lancer dans le théâtre.
Pourtant les choses se révèlent plus compliquées : à l’amour qu’ils ressentent les uns pour les autres, s’ajoute vite le réveil de vieilles blessures que l’on trouve dans toute famille, qui datent de l’enfance et qui s’expriment alors même que le père est là, sur son lit de mourant, ne reconnaissant personne. Avec en plus un incident sentimental, l’un des frères se voyant abandonné par celle qu’il aime au profit d’un proche de la famille. Et sans compter sur une belle surprise du film : l’amour absolu d’un jeune pécheur du groupe pour l’actrice qu’il avait vu jouer autrefois, dont il était tombé follement amoureux, qui l’avait entraîné à faire du théâtre amateur de haut niveau (il peut réciter du Brecht par cœur) et dont je ne révélerai pas le dénouement splendide. Tout cela est évoqué avec franchise, nostalgie, délicatesse, sensibilité, voire aussi avec des moments de rage et de violence, et dit tout le prix que les relations affectives ont pour Guédiguian, dont tous ses films antérieurs se sont fait l’écho : affectivité, quand tu nous tiens !

Mais il n’y a pas que cela qui agite l’auteur, car la passion pour la politique est là aussi, animant ses personnages. Le hameau où ils sont revenus était occupé autrefois par un restaurant dont le père s’occupait, associant qualité de la cuisine et souci de l’offrir aux gens modestes grâce à des prix modiques. Et ils sont tous prêts, lors de la succession, à le maintenir tel quel alors que le hameau (ou le village) a été envahi par les promoteurs immobiliers et qu’ils pourraient le vendre à un prix d’or. Ils refusent cette perspective, non seulement par piété filiale, mais par conviction politique. Ils sont ou ont été communistes et ils en ont gardé, malgré la désolation de la situation actuelle, une sensibilité et une culture ineffaçables, qui consistent à mettre l’humain au-dessus de tout et, en particulier, au dessus des préoccupations de profit qui rongent les rapports sociaux. D’où l’humour de certains propos où l’ironie vis-à-vis de notre monde le dispute à la tendresse pour ceux qui l’habitent. D’où aussi une séquence finale du film où on les voit tous protéger des enfants de migrants, qui ont survécu à la disparition de leurs parents, et résister à la pression de policiers qui les recherchent au nom d’une lutte contre un terrorisme ici largement fantasmé. Je laisse le spectateur découvrir comment ces enfants s’ouvrent à leur milieu d’accueil et, surtout, comment par un jeu de voix répétant celui auquel tout le groupe s’adonnait étant enfant, il réussissent à sortir le vieillard de son insensibilité qui paraissait définitive. Ce final, par sa brièveté, sa simplicité et son pouvoir d’émotion, est une admirable trouvaille de scénario, dans laquelle une démarche politique (l’accueil de ces migrants) trouve étonnamment une récompense affective !

On ne saurait conclure sans évoquer ce cadre magnifique qu’est la Méditerranée que Guédiguian adore et que l’on aperçoit presque constamment : elle habite littéralement le film. Celui-ci nous fait contempler sa magnificence dans une admiration muette à laquelle il faut s’abandonner ; et elle semble là comme pour nous suggérer que si notre société est laide, le monde est beau et que cette beauté pourrait être la métaphore ou l’indice d’un embellissement à venir de cette même société. Les « tourments » de Guédiguian ne sont donc ni désespérés ni désespérants.

PS : J’ai à peine besoin d’indiquer que tous les acteurs sont excellents y compris le jeune nouveau de la troupe !

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.