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Bilan cinéphilique (et hautement subjectif) du premier semestre 2007

samedi 28 juillet 2007, par maro

Qu’un obscur cinéphile, par ailleurs scribouillard de blog, se hasarde à juger la production cinématographique mondiale à partir de sa seule expérience de spectateur yonnais s’avère rapidement aussi présomptueux qu’imbécile : la subjectivité et les disponibilités du moment expliquent certains choix (ou certains délaissements) parmi les seuls films qui parviennent jusqu’à nos écrans de province reculée. Plutôt qu’un palmarès, voici donc le simple ressenti après la petite trentaine de films récents vus depuis le début 2007 (auxquels s’ajoutent une quinzaine de rediffusions et autant de projections lors de divers festivals).

Un tiers des nouveaux élus porte l’estampille française, et encore, en naturalisant de force Julian Schnabel (« Le scaphandre et le papillon ») pour rehausser une sélection nationale finalement très moyenne. Après un millésime 2006 plutôt médiocre si l’on excepte « Cœurs » (Alain Resnais), « L’amant de Lady Chatterley » (Pascale Ferran) auxquels j’aime ajouter « OSS 117 » (Michel Hazanavicius), la morosité perdure en souhaitant que de futurs « De battre mon cœur s’est arrêté », « Rois et reine » ou même « Le petit lieutenant » viendront démentir ce triste constat. Seule consolation : la qualité de documentaires comme « Les Lip, l’imagination au pouvoir » (Christian Rouaud), « L’avocat de la terreur » (Barbet Schroeder) ou « Maurice Pialat, l’amour existe » (A.M.Faux et J.P.Devilliers). Le petit Ulysse de Télérama peut s’émouvoir ou tressauter à chaque nouveauté tricolore, les critiques spécialisés en appeler régulièrement à la paternité spirituelle des Vigo, Demy ou Eustache, les déceptions se succèdent, confirmées par les échecs dans les palmarès internationaux ; lors du récent festival de Cannes, adieu veaux, vaches, Doillon, seul le « Persépolis » de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, bien éloigné des canons traditionnels, a su tirer son épingle du jeu.

En contrepoint, le reste de l’Europe présente un net regain de vitalité, à l’image du jeune cinéma allemand qui confirme son retour au sommet avec d’excellents films comme « La vie des autres » (de F.H Von Donnerssmark, mon préféré à ce jour) ou, à moindre degré, « Pingpong » (de Matthias Luthardt) qui me rappellent l’éclosion simultanée de la génération 1970 des Wenders, Schlöndorff, Herzog ou Fassbinder. Entre deux Almodovar, l’Europe du Sud (Italie, Espagne, Grèce, ex-Yougoslavie) brille surtout par son absence si l’on excepte « Azuloscurocasinegro », apprécié par le public d’Angers mais descendu par les Cahiers du Cinéma. La palme d’or de Cannes a récompensé la remuante Roumanie et on trépigne d’impatience (ou on court à la Rochelle) pour pouvoir en discuter. La production belge est régulière et les frères Dardenne peuvent désormais s’appuyer sur Joachim Lafosse (« Ca rend heureux », puis « Nue propriété ») en plus de Lucas Belvaux, auteur l’an passé du très bon « La raison du plus faible ». On citera également le décalé « Director » de Lars Von Trier (Danemark), le trop-dans-l’air-du-temps « Cashback » et Forest Whitaker dans « Le dernier roi d’Ecosse » (Grande Bretagne), mais pourquoi « Red Road », remarqué en compétition lors du dernier festival de La Roche, n’est-il pas revenu jusqu’à nous ?

Voguons à toute vitesse vers les Etats-Unis, dont l’abondante production occupe une bonne partie des écrans des multiplexes mais un nombre limité de pages de mon carnet intime (six). Les grands anciens (Eastwood pour « Lettres d’Iwo Jima », Scorsese pour « Les infiltrés ») font mieux que conforter leur réputation, les meilleurs jeunes se situant un ton en dessous (« Boulevard de la mort » de Tarantino, « Zodiac » de Fincher), avec une petite déception envers les surcotés bien qu’estimables « Jesus Camp » et le dernier « Rocky » ; on guette toujours une bonne surprise en provenance du cinéma indépendant comme le joyeux « Little Miss Sunshine » de l’an passé. Du reste du monde nous parviennent des échos plus qu’intéressants : les trois films issus de la sixième génération de cinéastes chinois (« Les petites fleurs rouges », « Still Life », « Une jeunesse chinoise ») confirment la vitalité de ce pays et sa capacité à une analyse très critique des bouleversements actuels. On attend encore au Cinéville les tout aussi prometteurs « Syndromes and a Century (Thaïlande), « I Don’t Want to Sleep Alone » (Taïwan) ou « Le vieux jardin » (Corée). Enfin, l’initiatique réalisation australienne signée Rolf De Heer « 10 canoës, 150 lances, 3 épouses » méritait bien un déplacement au Château d’Olonne.

Après la géographie, intéressons-nous à l’histoire. Les Bronzés digérant encore le pactole engrangé en 2006, la comédie s’est faite étrangement rare sur nos écrans, avec un Pierre Salvadori en petite forme (« Hors de prix »). « Africa Paradis » de Sylvestre Amoussou bricole une partition douce-amère originale bien que fauchée. A l’inverse, la dureté sociale est omniprésente, depuis l’âcre immoralité de « Très bien, merci » (Emmanuel Cuau) jusqu’au douloureux retour à l’emploi de Rocky Balboa, en passant par les trublions chinois ou les libertaires de « Volem rien foutre al pais ». La recette du bon thriller semble jalousement gardée Outre-Atlantique et notre « Serpent » national doit déguerpir la queue basse devant la foule des « Infiltrés » ou la menace trouble du « Zodiac ». Aucun western depuis des lustres, des SF et des horror movies confinées à un public restreint, pas de musicals (on pense à des réalisations relookées comme « Chicago ») : les contraintes économiques qui régissent la production comme la distribution normalisent l’offre et appauvrissement les choix, à moins que...

...à moins que le cinéphile, en tous cas, auto-déclaré comme tel, ne soit devenu un saurien totalement déphasé, hermétique aux apports du cinéma contemporain et qu’il se confine dans de vaines références à un passé révolu. Palsembleu, le plus grand bonheur de ce début d’année reste pour moi la diffusion à La Roche de « La dame du vendredi » (Howard Hawks), film de 1940 plus alerte et dynamisant que toutes les productions modernes. Peu convaincu par le dernier Quentin Tarantino (au vu de sa filmographie, on peut croire à une simple faiblesse passagère) pas assez jouissif à mon goût, et manquant d’enthousiasme devant le « Zodiac » de David Fincher, je doute encore - le débat est ouvert - des qualités exceptionnelles de réalisateurs aussi reconnus que M.Night Shyamalan ou Michael Mann, à qui Hollywood confie des tombereaux de dollars et j’avoue déserter, sans honte ni snobisme mais par simple peur de l’ennui, une grande partie des blockbusters qui se succèdent dans nos multiplexes.

De fait, l’analyse des films vus en 2006, année glorieuse pour la France qui aura vu sa part de marché national (44%) dépasser celle des Etats-Unis, m’indique rétrospectivement que je n’avais visionné qu’un seul des vingt plus gros budgets français (deux, en incluant « Indigènes »). Parcourant les chiffres officiels du CNC, je redécouvre sans vergogne les titres que j’ai, plus ou moins volontairement, négligés : « Les Bronzés 3 » (35 millions d’Euros de budget et 10,3 millions d’entrées), « Camping » (14,2 et 5,4), « Ne le dis à personne » (11,7 et 2,8), « La môme », « Angel A », « Jacquou le croquant », « Le transporteur 2 », sans parler des échecs publics : « Un ticket pour l’espace » (9,7 millions de budget et 0,4 million d’entrées), « Le cactus » (9,7 et 0,2), « Le concile de Pierre » (19,4 et 0,2), « ô Jérusalem » (20 et 0,2), ou la quasi-secrète « Entente cordiale » entre Daniel Auteuil et Christian Clavier (18,2 et 100 000 spectateurs !).

L’auteur de ces pauvres lignes se dénie donc toute capacité à émettre une opinion sérieuse sur le cinéma actuel et encore moins sur ce qui occupe la majorité de nos écrans locaux car il a tout récemment dédaigné de la même manière « Pirates des Caraïbes 3 », « Taxi 4 » et « Harry Potter 5 »... Rejetant toute conception d’une cinéphilie réservée à une élite éclairée mais pour simplement défendre les films que j’aime, le simple constat de cet éloignement progressif d’avec les goûts du public ne cesse de m’inquiéter sur le devenir du Septième Art, au moins tel que nous le concevons en France. Il ne faut pas compter sur « Arthur et les Minimoys » pour financer durablement et sans contrepartie Arnaud Despleschin. Maurice Pialat dénonçait en bougonnant toutes les productions sans intérêt, tous ces films inutiles « que c’est pas la peine » (il devait sûrement y inclure aussi nombre de films d’auteurs), mais que faire si l’essentiel du financement dépend d’eux ? La question n’est pas neuve : Gérard Oury ou Claude Zidi ont toujours drainé plus de spectateurs que Jacques Tati mais leurs publics se mélangeaient encore pour des affiches qui combinaient les attentes du plus grand nombre avec un minimum d’honnêteté et d’exigence artistique.

L’argent se concentre dorénavant sur quelques réalisations moins prestigieuses que tapageuses, préformées pour leurs diffusions télévisuelles ultérieures et tirées par des têtes d’affiches bankables (le joli mot que voilà) susceptibles d’amortir de lourds investissements ; gardons-nous bien de ricaner des quelques bides retentissants qui fragilisent encore plus le système. Au nom d’une clause de diversité, bien des aides publiques et une part du soutien de Canal + se dispersent sur une myriade de petits films, affamant les moyens budgets qui ont fait la force et la qualité du cinéma français en réalisant un véritable clivage de l’économie en deux logiques incompatibles : succès obligatoire pour les riches, limites du dénuement et de la confidentialité pour les autres. Je rejoins totalement sur ce sujet l’opinion de Pascale Ferran (voir sa tribune dans : Nos thématiques), la réalisatrice de « L’amant de Lady Chatterley », heureux contre-exemple de budget raisonnable unanimement apprécié et pourtant paradoxalement inférieur à sa version longue diffusée à la télévision, mais qui aurait pris le risque de proposer en salle une copie de près de quatre heures ?

Quitte à passer pour un horrible regretteur, déplorons que de nos jours, on sorte rarement réjoui d’une séance de cinéma et, surtout, très exceptionnellement surpris. Redonnez-nous, s’il vous plait, les étonnements fertiles des « 2001, l’odyssée de l’espace », « Apocalypse Now » ou « Mulholland Drive » (pour rester dans des films largement diffusés) et remballez toute cette camelote ultra-moderne qui ne tient pas les feux de la rampe ! Mais tant que, la lumière à peine éteinte, le cœur du vieux dinosaure ressentira aux premières lueurs du générique la même petite fulgurante étincelle, ces déceptions s’évanouiront et le miracle pourra s’accomplir, encore et encore. Bon été à tous.

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