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Sur les rapports actuels entre les multiplexes et les autres cinémas...

Article très largement inspiré d’un éditorial de de Jean-Pierre Daniel, Président des Enfants de Cinéma

jeudi 20 décembre 2007, par filparp

L’ouverture du futur cinéma de centre-ville à La Roche/Yon, qui est programmée pour le deux avril prochain, se fera dans un contexte général où la cohabitation entre salles désireuses d’assurer la diversité culturelle (indépendantes, associatives ou subventionnées) et multiplexes à vocation essentiellement commerciale ne va pas sans conflits.

L’exemple actuel le plus criant est celui du Mélies, à Montreuil-sous-bois, contre lequel le groupe UGC a entamé une action en justice au mobile qu’il voulait augmenter son nombre de salles, alors même que le Mélies s’engageait à ne pas projeter davantage de films.Le puissant groupe UGC, deuxième exploitant de cinéma en France derrière Europalaces, relayé depuis par MK2,est en conflit ouvert avec la salle de cinéma municipale.
Par la voie d’un recours au tribunal administratif deCergy-Pontoise déposé en juillet par Alain Sussfeld, directeur général du groupe, entend bloquer, le projet d’extension de ce cinéma, à la programmation
dynamique et ambitieuse.

Actuellement fort de ses trois salles et de ses 200 000 spectateurs par an, le Méliès doit se doter de trois salles supplémentaires à l’horizon 2010. En quoi cela regarde-t-il
UGC ? Le groupe estime que le cinéma, un fois transformé, dépassera sa vocation actuelle de service public ;lerecours d’UGC stipule ainsi que « l’utilisation des fond publics pour pratiquer dans ces six salles des tarifs subventionnés est constitutive, de la part de la
commune, d’un abus de position dominante et d’une violation des règles de la concurrence ».

UGC détient à quelques encablures de Montreuil, à Rosny-sous-Bois, un vaste multiplexe,l’UGC Cité-Ciné Rosny, le troisième cinéma de France, avec 2,3 millions de spectateurs par an et une programmation majoritaire de films populaires en version française.

Selon Stéphane Goudet, 37 ans, directeur du Méliès, le PDG d’UGC, Guy Verrechia, tient une position offensive tous azimuts qui vise à contester l’existence de salles subventionnées (que ce soit par les collectivités territoriales ou le CNC) accusée de fausser la libre
concurrence et de tirer les tarifs vers le bas. Alain Sussfeld rétorque qu’« il n’y a aucune stratégie derrière ses différentes initiatives judiciaires » et voit surtout une offensive des maires de déguiser leurs ambitions électorales sous les oripeaux « d’objectifs socioculturels ».
« Jusqu’à preuve du contraire, le secteur du cinéma est concurrentiel, régi par les lois du marché ».

Trois autres procédures ont été déposées par UGC, à chaque fois sur le motif de subventions que le groupe juge abusives ou contraires aux règles de la libre concurrence.
C’est le cas du Comoedia, salle du VIIe arrondissement de Lyon datant des années 20, jadis propriété d’UGC qui l’a fermée en 2003. Marc Bonny a décidé de la rouvrir et a déposé un dossier au CNC pour une aide sélective. Marc
Bonny gère le Comedia sans jamais obtenir de films de la filière distribution d’UGC, y compris quand il s’agit d’un film qui correspond à son type de programmation. On lui a
refusé les Témoins d’André Téchiné.

UGC a aussi agi contre la ville d’Epinal, soupçonnée de soutenir une salle municipale concurrente de leur multiplexe, l’UGC Cité Ciné de Ludres, pourtant situé à plus de 50 kilomètres d’Epinal ! Recours rejeté par le tribunal administratif car, selon un responsable municipal proche du dossier, « UGC s’attaquait à une convention d’aide
municipale qui n’a jamais existé ». Mais UGC ne lâche pas prise et vient de porter l’affaire devant le Conseil d’Etat. Enfin, Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis)
s’est vu autoriser par la commission départementale d’équipement cinématographiqued’ouvrir un complexe de trois salles municipales, le Bijou. Or, UGC exploite les dix salles decette ville et, là aussi, s’estime lésé. Un recours a donc été déposé en juin.

Le cas du Méliès de Montreuil prend valeur d’exemple dans ce bras de fer entre la logique commerciale
des multiplexes et la politique culturelle des municipalités. Que le directeur de salle se
décarcasse pour offrir aux spectateurs autre chose que l’usinage en masse, qu’une mairie l’aide à hauteur de 200 000 euros afin de le dégager du souci de résultats financiers pressants, on voit mal comment considérer qu’il y a là matière à se scandaliser et à parler de
« position dominante ». C’est comme si TF1 contestait à Arte le droit de passer des films en début de soirée sous prétexte que la chaîne est subventionnée.
Ce qui est en cause, c’est la part d’attractivité populaire des structures culturelles publiques.

Si celles-ci restent cantonnées à une activité marginale vers un segment sociologique restreint, tout va bien. Ce que le recours semble vouloir sanctionner, c’est le succès.

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