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Suite du début de contribution à une proposition de programmation...

mardi 8 janvier 2008, par maro

Saluons d’entrée la ville de La Roche sur Yon qui a fait un pari osé en créant le premier Etablissement Public de Coopération Culturelle dédié au cinéma. Cette structure doit permettre d’assurer nombre de missions qu’un simple cinéma associatif ne peut remplir. En échange, il est demandé une implication « forte » des associations ; c’est donc dans cet esprit constructif qu’il faut lire ces quelques lignes.

Le cinéma est un art de l’illusion. Comme pour la magie, il y a le temps du ravissement et puis le moment où l’on s’intéresse au prestidigitateur, à sa technique, où l’on essaie de démonter le rêve. Alors le film s’enrichit, se prolonge par les impressions qu’il laisse, se survit bien après sa projection. De simple consommateur passif et individuel, le spectateur devient actif et fait du cinématographe un art généreux. En revoyant certaines scènes - l’escalier d’Odessa (Potemkine), la danse des petits pains (La ruée vers l’or) ou plus près de nous, la bagarre dans le sauna (Promesses de l’ombre, de Cronenberg), la poursuite en voiture sous la pluie (La nuit nous appartient, de James Gray), en étudiant le jeu des acteurs (lors du dernier festival, pendant la matinée ACCOR, Emmanuel Burdeau comparait avec brio ceux de Robert de Niro et d’Al Pacino), le spectateur peut découvrir une autre manière de regarder les films, acquérir une culture (oh, le gros mot que voilà !) et surtout un regard plus critique sur les images qui nous entourent, car nous vivons plus que jamais dans un monde de la communication et du paraître qui demande à être décrypté. Respectons ceux qui n’en attendent qu’un divertissement, mais proposons un "plus", un "mieux" aux autres. Les dernières éditions de notre festival « En route vers le Monde », ont montré l’intérêt de ces moments privilégiés (avec les réalisateurs, les critiques...), malheureusement peu fréquentés car peu médiatisés.

Afin de réaliser ce travail sur l’image - et l’idéal est de la faire juste après la projection du film - on a besoin d’une salle adaptée à la dimension pédagogique (une petite salle de classe !) et d’un équipement minimal, avec un vidéoprojecteur pour revoir les versions DVD des mêmes films, bien plus « maniables » que la pellicule 35 millimètres. Et cet espace peut aussi servir à se familiariser avec les techniques audiovisuelles, à former des jeunes aux métiers de l’image et du son, à se réunir...
C’était, je crois, l’ambition du projet de la ville en matière de cinéma et je mesurais avec une certaine appréhension toute l’énergie qu’il nous aurait fallu déployer pour faire vivre ce petit espace de travail sur l’image. Entre les plans initiaux et la réalisation concrète, le futur cinéma de centre-ville a vu disparaître cet endroit d’échange et de travail. Redevenant simple lieu de projection de films, ce ne serait qu’une erreur si on n’affichait pas en même temps l’envie de se démarquer des concurrents commerciaux. Quel lieu de partage nous restera t’il : le parking ? Ce serait donc une nouvelle occasion manquée ; voilà pourquoi cet espace de travail et de réflexion doit réapparaître, quitte à devoir bouger quelques cloisons au dernier moment.

Concernant la programmation, je souhaiterais souligner l’opportunité paradoxale offerte par la politique des multiplexes avec la priorité donnée aux blockbusters (dont certains sortent en France avec près de 1000 copies et qui embolisent leurs écrans) et le renouvellement frénétique de l’offre. D’excellentes réalisations (Lady Chatterley sorti en décembre 2006 de Pascale Ferran doit sa renaissance aux Césars) n’ont pu trouver leur public par manque de temps, le bouche à oreille ne pouvant pas fonctionner sur une période si courte (une semaine ou deux à l’affiche) avec un nombre de projections limité à des horaires peu pratiques. Plus tard, ces réalisations ne sont pas plus une priorité lors de leur éventuelle sortie DVD et leur faible diffusion les maintient à des tarifs prohibitifs.

Si on veut attirer un nouveau public, si on veut prouver que le cinéma reste un art dynamique, si on veut montrer qu’il ne se réduit pas aux grosses cavaleries qui encombrent la plupart des écrans des multiplexes, je pense que le recours à ce genre de films représente un très honnête compromis, surtout si nous restons à l’écoute des désirs de cette audience nouvelle. Alors, même si je reste très attaché à la projection de grands classiques (Chaplin, Renoir, Welles...), je suggère donc une programmation qui laisse une place majeure aux meilleurs films des mois (et années) précédents, ce qui est parfaitement compatible avec des cycles cohérents :
- par pays ou zones géographiques : films roumains, argentins, israéliens, d’Afrique sub-saharienne...
- par thématique : biographies et biopics (les films sur Capote, Hiro-Hito), le jeune cinéma français (Naissance des pieuvres de C.Sciamma, Le fils de l’épicier de E.Guirado...).

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