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Mathieu Kassovitz : De "la Haine" au 11 Septembre 2001

Un parcours de défiance et de contestation

jeudi 10 décembre 2009, par dominique vergnes

Mathieu Kassovitz, ex-espoir du cinéma français, était associé à un renouveau du jeune cinéma français, mis en exergue avec un film comme "La Haine"(1994), César du meilleur film. Jan Kounen, Gaspard Noé, Nicolas Boukhrief ou même Jacques Audiard étaient associés à ce type de films, qui rejetaient plus ou moins l’héritage de la Nouvelle Vague, dénonçaient l’intellectualisme de ces films et favorisaient un Cinéma fait d’images chocs, de montage alerte et d’histoire critique sur la société française (exemple d’"Assassin(s)" (1997)) dans la lignée de cinéastes emblématiques des années 1980 comme Luc Besson ou Jean-Jacques Beneix.

Le révisionnisme lié au 11 septembre 2001 est apparu dès passé le choc de l’événement.
Beaucoup de journalistes ou intellectuels (dont Thierry Meyssan et le réseau Voltaire) ont remis en cause directement la version officielle des choses. Il existe ainsi deux versions dans le révisionnisme :
- La thèse du LIHOP ("Let it happen On Purpose") : Le Gouvernement américain a laissé se produire les attentats et avait donc une connaissance préalable de ce qui se tramait.

- La deuxième est la thèse du MIHOP ("Make it happen on purpose") : Le Gouvernement a lui-même organisé et provoqué les actions terroristes sur son territoire. Mathieu Kassovitz se situerait dans la deuxième solution.

En tous les cas, ces deux thèses s’opposeraient fondamentalement au Rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis du 22 juillet 2004 qui rendait les fondamentalistes islamiques du Moyen-Orient, membre du réseau Al-Quaida et en particulier leur chef Ben Laden, responsables des attentats du 11 septembre 2001.

Mathieu Kassovitz et son acolyte Jean-Marie Bigard récusent cette thèse, arguant du fait que des tours de 47 étages ne peuvent s’effondrer comme cela (selon les lois naturelles de la physique d’après eux et selon certaines sources américaines, dont des ingénieurs civils) et qu’on les a aidés (avec des explosifs sur plusieurs étages, cf site facebook Mathieu Kassovitz). En outre, ces deux tours auraient été sacrifiées car elles cachaient les archives de la CIA et de l’US Secret Service (archives qui révèleraient les relations troubles entre la famille Bush et celle de Ben Laden).

Mathieu Kassovitz s’inscrit dans la lignée de penseurs ou polémistes qui considèrent que les Etats-Unis et surtout son Gouvernement de l’époque tiraient les ficelles dans l’ombre et manipulaient l’ensemble des citoyens en vue de faire triompher leur idéologie politique.
Le problème des thèses défendues par Kassovitz, c’est qu’elles sont associées aux thèses révisionnistes , comme celui du complot juif et l’inexistance des chambres à gaz...
La démarche est la même, celle du complot généralisé, arguant du fait par exemple que l’on n’a pas d’images du crash de l’avion sur le Pentagone, que les juifs du World Trade Center n’ont pas été travailler ce jour-là ou que Ben Laden n’est qu’une invention du Gouvernement Bush (pour diaboliser un peu plus le monde musulman).
Ces théories connaissent un grand succès sur la Toile, où elles sont allègrement diffusés sur plusieurs sites (dont le site facebook de Mathieu Kassovitz).

Les théories contestataires de Kassovitz peuvent être ainsi reliées aux thématiques des films de Kassovitz, comme la défiance vis-à-vis des Institutions (la Police dans "La Haine" ou même le rôle néfaste de la Télévision dans "Assassin(s)", faiseur de meurtriers et intoxiquant directement ou indirectement les jeunes générations). Même phénomène avec le film (raté) "Babylon A.D." (2008), d’après le livre de Maurice G.Dantec ou plusieurs thématiques se relient, à savoir la dangerosité des fondamentalismes religieux, l’existence des armées privées, de mercenaires du fait de la dislocation des anciens pays de l’Est, l’écart croissant entre pays riches, pays pauvres. On est toujours dans le complot, voire même la défense de l’Occident, thématique très présente dans les romans de Maurice G.Dantec.

Dans cette affaire de la contestation du 11 septembre 2001, il est dommage que le cinéaste Kassovitz soit associé au Mouvement des Négationnistes, avec leur fameuse théorie du complot généralisé (complot juif mondial) et à des personnages aussi douteux que Dieudonné ou Robert Faurisson...
La radicalisation de leurs positions vient aussi de leur marginalisation consacrée, mais aussi paradoxalement du succès de leurs thèses sur la Toile (Internet sert aussi de vecteur d’informations pour des thèses douteuses). Il est donc dommage pour Kassovitz d’être associé et affilié à des mouvements extrêmistes ou des thèses négationnistes qui dépassent sa simple personne, il y a risque d’être manipulé ou récupéré à terme (comme avec le phénomène Dieudonné).
Comme le déclare si bien Mathieu Kassovitz dans un numéro de Technikart en 2008 : "J’ai toujours la Haine".

Pour finir, je reprendrai les thèses du sociologue Jean-Bruno Renard, professeur à Montpellier III, sur les différentes théories du complot.

Pour lui, il est ainsi le résultat d’une destructuration sociale, culturelle des société modernes, avec son "relativisme cognitif", la fragmentation en "sous-culture" de nos Sociétés, la dévalorisation, voire la défiance des populations pour les canaux officiels de communication (que ce soit des canaux politiques ou médiatiques).
Ainsi, avec la fin des grandes idéologies héritées du XIXème siècle, il semblerait que les théories du complot soient les nouveaux moteurs de l’Histoire.

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